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L’indécent transport des animaux vivants – Tribune – La Croix

Plusieurs millions d’animaux subissent en Europe d’effroyables conditions de transport et d’abattage en violation flagrante de la législation.

Le transport d’animaux vers les abattoirs peut être très long

Le transport d’animaux vers les abattoirs peut être très long /
Crédit CIW FRANCE

Différents reportages et vidéos réalisées par des associations et ONG illustrent les effroyables conditions de transport des animaux au sein de l’Union européenne souvent à destination de pays tiers. Des rapports glaçants le confirment : ils font état d’animaux abandonnés pendant plusieurs jours, sans soins, sans espace, sans eau, ni nourriture. Ils sont entassés dans des camions en plein soleil, bloqués aux frontières ou en mer dans des cargos vétustes et inadaptés, avant de poursuivre un périple parfois de plusieurs milliers de kilomètres.

À cela s’ajoutent fréquemment pour les exportations hors de l’Union Européenne, d’insupportables conditions d’abattage à l’arrivée, en l’absence d’un cadre juridique de protection des animaux.

Un commerce d’animaux vivants insoutenable et inacceptable

Les sociétés civiles française et européenne se sont mobilisées via la campagne #StopTheTrucks (Arrêtons les camions) qui a recueilli à travers l’Europe plus d’un million de signatures. Elle dénonce le fait que les normes européennes encadrant les conditions de transport sont très fréquemment ignorées et violées. La Cour de justice de l’Union européenne a pourtant rappelé que la législation européenne s’applique durant l’ensemble du transport, jusqu’au point d’arrivée, y compris donc au-delà des frontières de l’Union. L’an dernier, plusieurs ONG ont démontré que 70 % des camions inspectés à la frontière bulgare ne respectaient pas la législation européenne, et pour les camions transportant des animaux français, ce chiffre monte à 89 % (1). Cet été, une enquête sur le transport maritime des animaux a également démontré que les cargos utilisés n’auraient jamais dû être agréés par les autorités françaises et européennes (2).

 

Bien-être animal, « le plus préoccupant est l’élevage en cages »

Pourtant, la volonté de la filière et du gouvernement français est claire : toujours plus d’export d’animaux vivants. Emblématique de cette situation, et malgré l’opposition quasi unanime, une ferme de 4 000 bovins, exclusivement destinés au grand export, est en cours d’instruction par les services de l’État en Saône-et-Loire, avec pour capacité moyenne de préparer à l’exportation hors de l’Union Européenne près de 30 000 bovins chaque année. N’avons-nous pas d’autres options que d’envoyer nos animaux vivants sur des milliers de kilomètres ? Qui en tire profit ? Ni les animaux, ni même les éleveurs…

Nous ne devons plus fermer les yeux sur cette exploitation animale, indigne, qui détériore un peu plus chaque jour notre rapport au monde et au vivant.

L’intergroupe au Parlement européen sur la défense de la condition animale a interpellé la France pour qu’elle soutienne la demande formulée par six États-membres de l’Union Européenne qui voulaient une amélioration de la législation européenne et des eurodéputés ont demandé au président de la Commission européenne d’intervenir pour faire respecter le droit européen.

L’inaction ne peut être tolérée plus longtemps.

La mobilisation citoyenne avance : les traités européens reconnaissent les animaux comme des êtres sensibles, la prise de conscience de la souffrance animale progresse, certaines pratiques inadmissibles envers les animaux sont rejetées.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée Internationale de mobilisation contre les longs transports d’animaux vivants, la transparence doit être faite aux niveaux européen et national sur le respect des lois applicables aux conditions de transport des animaux. Le Parlement européen et la Commission, garants d’une Union européenne respectueuse des lois et du droit, doivent se saisir sérieusement de cette question. Le Parlement doit créer une commission d’enquête sur ces pratiques au sein même de l’Union, mais également à ses frontières et au-delà, en veillant au respect par les pays tiers des dispositions prévues pour le transport par la législation européenne et à défaut en interdire l’exportation.

Signataires :

Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux ;
Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France ;
Pascal Durand, eurodéputé, vice-président de l’intergroupe sur le bien-être animal ;
Brigitte Gothière, co-fondatrice de L214 ;
Jean-Pierre Kieffer, président de l’OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs) ;
Frédéric Lenoir, philosophe et président de l’association « Ensemble pour les animaux » ;
Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot ;
Edouard Martin, eurodéputé ;
Younous Omarjee, eurodéputé ;
Laurence Parisot, vice-présidente de l’Ifop et ancienne présidente du Medef ;
Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm.