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Europe Hebdo sur Public Sénat

Europe Hebdo du 9 novembre 2017
animé par Nora Hamadi.

Après l’affaire Weinstein aux États-Unis, les dénonciations et les prises de conscience sur le harcèlement sexuel se multiplient partout dans le monde. Au parlement européen, la question a été discutée en séance plénière. Les eurodéputés s’emparent du sujet. En deuxième partie, Europe Hebdo vous emmène en Hongrie. Le gouvernement a fait ériger une barrière à la frontière et fait la chasse aux migrants. Le droit de la presse a été limité, et les lois encadrant les associations durcies. Le régime est-il de plus en plus autoritaire ?

Introduction :
entretien avec Jeanne Ponté, assistante parlementaire d’Édouard Martin, qui évoque son petit carnet où elle compile tous les comportements inadéquats, entrant dans la définition du harcèlement sexuel, qu’elle tient depuis son arrivée au Parlement Européen en 2014.

Débats entre Edouard Martin & Marek Jurek (PPE – Pologne) :
– Comment lutter contre le harcèlement sexuel ?
– L’état de droit en Hongrie ?

Être résolus face au harcèlement sexuel.

Un regard oppressant, une phrase indécente, un geste indigne… si la cible avait été votre fille ou votre sœur ou votre compagne ou votre mère? Oui ? Non ?

Si votre réponse est non, c’est que pour vous ce comportement est anormal et qu’il ne peut être résolu que par les femmes seules. Affirmer que les femmes ne peuvent être seules à traiter la violence morale et physique est une chose, agir en est une autre. Je dis les femmes, mais je sais que certains hommes sont aussi harcelés, et ce n’est pas plus juste pour eux que pour elles.

Le pouvoir (électif ou hiérarchique) ne donne pas tous les pouvoirs et, au Parlement européen, là où nous écrivons le droit européen en défendant l’application concrète du principe d’égalité femme-homme, il faut que nous soyons exemplaires. Sinon quelle est notre légitimité?

Nous ne sommes pas tous coupables, loin de là, mais ne rien faire nous rendrait tous collectivement responsables. L’immunité qu’elle soit réelle ou ressentie ne peut valoir impunité.

Les femmes qu’elles travaillent dans le secteur public ou dans le secteur privé, nous regardent et attendent de nous des mesures fermes qui impulseraient à d’autres niveaux des cercles vertueux.
Tous les hommes qui pensent que tout ceci n’est pas si grave et que c’est une affaire de « bonnes femmes » doivent mesurer la gravité.
Nous devons montrer à ces hommes qu’il n’y a plus de place pour se cacher sous le tapis ou dans des placards.

Il était temps de se mobiliser, et de le faire clairement. La mobilisation formelle, avec des panneaux #MeToo ou #HeForShe est symbolique, mais le Parlement européen a eu l’opportunité de sortir de l’affichage en votant un texte clair.

 

Jeudi 27 octobre, nous avons convaincu et voté une résolution « harcèlement sexuel » au Parlement européen. Elle oblige le Parlement à faire preuve de réalisme tant du point de vue des constats mais aussi de l’accompagnement des victimes.

D’abord pour commencer: un audit extérieur pour un réel état des lieux. Il nous est impossible de quantifier justement le nombre de harceleurs réguliers et la gravité de leurs actes. Est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? C’est toujours trop, mais sur quelle échelle ?

Ensuite pour accompagner : on ne peut laisser des personnes non formées à accueillir la parole des personnes blessés dans leur intégrité, dans leur intimité. Il y aura donc des professionnels de la santé, du social et du droit pour accueillir et accompagner les victimes de harcèlement sexuel. Lorsque l’on sait que beaucoup de femmes qui dénoncent perdent leurs emplois il est essentiel de commencer à les protéger avant de leur demander de prendre la parole.

Le Parlement Européen se dotera aussi de la possibilité d’accéder à des conseillers confidentiels. Le secret est parfois nécessaire, lorsqu’on ne cherche qu’un guide, avant de faire un pas vers la médiation ou la plainte.

La prochaine étape est de ne plus laisser les assistants parlementaires sans statut réel : cela les fragilise trop face aux différentes hiérarchies auxquelles ils ont à faire. N’ayant qu’un préavis de licenciement de 24h en cas d’utilisation de la « close de confiance » par leur employeur, ils ont la certitude de pouvoir être évincés à la minute où ils se plaindront voire à la minute où ils auraient dû répondre à cet acte, avant même d’oser se plaindre : on ne gifle pas forcément celui qui a votre contrat de travail entre les mains comme on giflerait quelqu’un dans le bus.

Détachement des travailleurs : la poudre de perlimpinpin d’Emmanuel Macron

Hier soir, tard dans la nuit, les États membres ont adopté leur position de négociation sur la révision de la directive détachement des travailleurs. Cet accord marque une défaite totale de la France dans cette négociation du fait des erreurs stratégiques du Président de la République française.

Ce dernier avait fait du passage de 24 à 12 mois la revendication phare de la France : pourtant, la durée moyenne de détachement d’un travailleur est de 98 jours. Pourquoi avoir cédé sur des points réels pour tenter d’obtenir une mesure inutile, le passage à une durée de 12 mois, qui s’est transformée à 18 mois de fait avec les 6 mois supplémentaires après notification ?

Pour arracher ce hochet électoral, inutile sur le fond, la France a fait perdre de nombreux mois dans la révision de la directive détachement des travailleurs. Pire, elle a abandonné des avancées réelles, notamment en acceptant le report des mesures indispensables pour empêcher le dumping social dans le secteur du transport routier, conditionnées à l’adoption de nouvelles règles dans le cadre du Paquet mobilité. Aucune échéance n’est fixée pour l’adoption de ce Paquet mobilité ce qui fragilise d’autant plus l’application du principe fondamental « à travail égal, salaire égal sur un même lieu de travail » dans le secteur du transport routier. Ce compromis crée les conditions d’un dumping social légalisé dans les transports et d’une discrimination intolérable entre les travailleurs détachés selon leur secteur d’activité.

Le Parlement européen a adopté la semaine dernière une position qui ne sacrifiait pas le transport routier sur l’autel de la communication politique. C’est pourquoi nous lutterons pour corriger cet accord au rabais accepté à des fins purement électoralistes. Nous refusons que les chauffeurs routiers fassent office de variable d’ajustement et nous prendrons nos responsabilités pour défendre la justice sociale pour tous en Europe, qui passe par l’extension de la base légale du détachement pour qu’elle ne repose pas uniquement sur la libre prestation de services, mais intègre également la nécessité de protéger les droits des travailleurs, de tous les travailleurs. C’est le seul moyen pour que la Cour de Justice de l’Union européenne prenne enfin au sérieux la lutte contre le dumping social !

 

Communiqué de presse du 24 octobre 2017 – http://www.deputes-socialistes.eu/detachement-des-travailleurs-la-poudre-de-perlimpinpin-demmanuel-macron/

L’accès à des droits sexuels et reproductifs pour les femmes, un droit souvent bien fragile, y compris en Europe!

À l’occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement le 28 septembre (précisons d’emblée qu’il s’agit d’une initiative plutôt nationale et française de l’ancienne ministre à la Santé Marisol Touraine mais suivie par d’autres États membres), des rassemblements ont été organisés à Paris et dans 25 villes françaises, mais aussi dans d’autres capitales dont Bruxelles à laquelle j’ai participé sous le slogan «les femmes décident».

Le droit à l’avortement est accessible à seulement 39.5% des femmes au monde et 25.5 millions d’IVG pratiqués dans le monde sont non sécurisées et conduirait à plus de 47 000 décès de femmes par an.

Ces chiffres sont évidemment inacceptables. Et ce sentiment de malaise que nous ressentons est renforcé par le fait qu’en Europe, on ne compte plus le nombre de pays qui réduisent comme peau de chagrin le droit d’accès à l’avortement: en Pologne, en Irlande, à Malte, il est juridiquement interdit ou limité et lorsqu’il est autorisé par la loi, l’accès à ce droit est en pratique de plus en plus impossible, c’est le cas de l’Italie avec la multiplication des objecteurs de conscience.

Par ailleurs, depuis l’ignoble décision du Président Trump de cesser de financer des organisations qui feraient selon lui « l’apologie de l’avortement », ce droit qui doit être universel est de plus en plus menacé.

Puisque le Président de la République française a fait de la défense des droits des femmes « une cause nationale » , nous attendons, au-delà des paroles symboliques un soutien financier aux organisations françaises, européennes et internationales, qui par leurs actions, continuent de protéger les femmes, toutes les femmes.

Pour signer l’appel, c’est ici:

http://mailchi.mp/pm/la-lettre-du-haut-conseil-legalit-entre-les-femmes-et-les-hommes-780193?e=e7c68b2701

A priori, en Europe, les femmes valent toujours moins que les hommes…

L’émancipation économique des femmes est un droit fondamental, tout travail égal mérite salaire égal.

À ceux qui n’auraient pas à cœur cette exigence démocratique, nous pouvons donner un nouvel argument, plus macroéconomique : l’autonomisation économique des femmes amplifie et dynamise la croissance économique européenne.

 

L’enlèvement d’Europe, Mosaïque du IIème siècle après JC, Musée de l’Arles antique, France.

 

Or, davantage sujettes au travail précaire, au retard de promotions, aux discriminations sexuelles et faute de politiques incitatives étatiques ou mesures entrepreneuriales de juste conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle (manque crucial en Europe de places en crèches), les femmes sont forcées de délaisser le marché de l’emploi.

Leur taux de participation sur le marché du travail est inférieur à 12% à celui des hommes, ce qui évidemment met en danger leur indépendance économique.

Lors du vote du rapport de ma collègue socialistes et démocrate suédoise Anna Hendt, nous avons obtenu de belles victoires.
La transparence dans les fiches de salaires sera exigée afin de lutter contre les discriminations sexuelles au travail.
Souvent, les femmes qui s’estimaient victimes d’une différence salariale avaient beaucoup de difficultés à prouver cette différence de traitements sans droit à l’information. C’était sa parole contre la parole de l’entreprise, détentrice des informations.

Des mesures concrètes de conciliation de la vie personnelle et professionnelle devront être prises, nous demandons un vrai congé paternité en Europe (10 États membres n’en ont toujours pas), un congé parental pris autant par les hommes que par les femmes et un congé maternité protecteur de la même manière partout en Europe.

 

Nous ne devons pêcher par ignorance ou négligence. Les hommes européens qui sont tout à fait en faveur de l’égalité entre hommes et femmes ne doivent pas se désintéresser du sort général des femmes. J’en appelle à mes collègues masculins et leur demande de cesser de considérer que la différence de traitement entre hommes et femmes est un problème de femmes.

J’aimerais nous y voir nous travailleurs, si nous étions par exemple moins payés en moyenne que les femmes; les organisations syndicales seraient vent debout et nous serions tous dans la rue… soutenus par les femmes !