Face au dumping chinois, il est urgent de se défendre !

Accorder le statut d’économie de marché à la Chine, c’est fragiliser économiquement l’Europe. Persévérer dans cette erreur, c’est prendre le risque de faire imploser l’Union. La Chine n’est pas une économie de marché. Elle ne remplit qu’un des cinq critères requis pour prétendre à ce statut. Elle a choisi une stratégie de dumping qui ravage déjà les industries européennes.

Macron PE 22 février 2016 3

15 Février 2016 : Conférence l'après-midi aux côtés d'Emmanuel MACRON, Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, sur les mesures d'urgence à prendre dans le secteur de l'acier. 

 

S’opposer à la reconnaissance du statut d’économie de la Chine

Avec mes deux collègues Emmanuel Maurel (S&D, FR) et David Borrelli (EFDD, IT) nous avons été les premiers à nous saisir de cette question, en mobilisant un réseau de soutien au Parlement européen. Appelé groupe de pression et ayant vocation à être transpartisan et multi nationalités, nous sommes déjà une soixantaine de députés européens membres de ce groupe.

Le sujet est d’importance: loin d’être anecdotique ou procédurale, une telle décision empêcherait la Commission européenne d’opposer des mesures anti-dumping aux produits chinois. Ces derniers sont pourtant vendus à des prix injustement bas grâce aux subventions massives dont ils font l’objet et à la course au moins-disant social et environnemental à laquelle se livrent les autorités chinoises.

Des centaines de milliers d’emplois industriels sont menacés. Ce n’est pas un hasard si ni les États-Unis, ni le Canada, ni le Japon n’ont l’intention de s’engager sur une voie si périlleuse…

 

L’Europe n’a pas vocation à devenir l’idiot du village planétaire

 Dans ce débat, c’est une certaine idée de l’Europe qui est en jeu. Les salariés, les consommateurs,  se détourneront de l’Union si elle s’avère incapable de les protéger. Plus que jamais, l’Europe doit imposer des règles dans le commerce international. Plus que jamais, elle doit promouvoir une certaine idée de la mondialisation.

Il faut être naïf pour croire que les concessions faites aux chinois les encourageront, à terme, à se réformer. Il faut être cynique pour parier que la disparition de pans entiers de l’économie  européenne est la condition pour le développement d’autres secteurs.

 

L’urgence d’agir vite

 L’urgence est réelle et le temps joue contre nous. Le territoire européen est inondé par des aciers chinois à bas coût et les effets néfastes de la chute des prix se font déjà ressentir. En France par exemple, le site de Fos-sur-Mer se retrouve fragilisé alors que dans l’Oise, le site NLMK a stoppé son activité il y a quelques jours. En Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, les inquiétudes sont également vives après des mesures de chômage partiel et de réduction de la production.

Le 15 février, à la veille du Conseil européen, diverses organisations syndicales se sont mobilisées et nous leur avons apporté notre soutien plein et entier. À l’instar des syndicalistes américain, elles ont appelé l’Union à refuser d’accorder le statut d’économie de marché à la Chine. En effet, si aucune mesure n’est prise, la crise que traverse actuellement le secteur de l’acier est annonciatrice d’autres crises beaucoup plus généralisées.

 

Renforcer nos défenses commerciales dès maintenant

 Nous déplorons que la proposition législative sur la modernisation des instruments de défense commerciale soit bloquée par certains États-membres, malgré un soutien déterminé du Parlement. C’est la raison pour laquelle, nous demandons au Conseil de débloquer les négociations sur le renforcement des instruments de défense commerciale. Il s’agirait aussi d’accélérer les procédures d’enquête anti-dumping, en réduisant la phase préliminaire d’investigation à un mois maximum et de prendre des mesures préventives.

Ce débat n’est pas technique, il est éminemment politique: c’est l’avenir de l’industrie européenne, de l’emploi industriel, mais aussi de notre modèle social et environnemental, qui se joue.

A la veille d’un conseil Compétitivité (le 29 février, les 28 ministres de l’industrie se réuniront à Bruxelles pour évoquer cette question), plus que jamais, la vigilance est de rigueur.

 

manifestation bruxelles

15 Février 2016 (Matin) : Manifestation contre la reconnaissance du statut d'économie de marché à la Chine à Bruxelles. 

J’attends d’eux qu’ils prennent la mesure de la situation dramatique que traverse ce secteur et qu’ils prennent les mesures d’urgence qui s’imposent !

Edito (Mars 2016) : S’il te plaît, (re) dessine-moi l’Europe !

Le Grexit, le Brexit, les réfugiés, l’euro, crise après crise l’Europe montre ses faiblesses et ses limites.

Elle se fissure indéniablement. Alors, les causes de ces déchirements sont multiples et d’aucun pourrait y aller d’une longue liste de griefs.

Une certitude cependant, les fondamentaux de la construction européenne doivent être revisités.

Si l’objectif d’établir un marché commun pouvait avoir du sens au sortir de la guerre, aujourd’hui il ne répond plus aux attentes des citoyens. Car toutes les politiques européennes (ou presque), y compris celles de cohésion sociales, portent essentiellement sur les coûts. Le maitre mot de la commission est « le consommateur ».

Il faut protéger le consommateur, qu’il paie le moins cher possible. Evidemment, pour la construction d’un marché, il faut des consommateurs.

Donc, en forçant le trait, l’Europe devrait être un vaste supermarché où les consommateurs viendraient faire leurs courses.

Dans le « rayon » des grecs, trop chers, il faudrait les sortir ! Dans celui des britanniques, ils paieraient trop pour être dans les étales de l’Europe ! Ils veulent changer de crémerie. Les réfugiés et les migrants ? Ils n’auraient rien à faire dans ce supermarché, ils enlaidissent et encombrent les allées. Les travailleurs ? Trop chers également.

La concurrence fait rage et dans la guerre que se livrent tous ces marchands, il faut maintenant compter sur les low-costs. Et cette bataille là fait des dégâts et ce n’est pas fini.

Alors, il est temps de poser les valises et dire l’Europe que nous voulons.

Il est temps aussi de mettre ou remettre le Citoyen (et non plus le consommateur) au cœur des politiques. Arrêtons de courir dans les travées un jour de soldes à la recherche du produit moins cher.

Faisons de ce vaste territoire un lieu de vie, de culture, de savoir, de solidarité, de fraternité et d’unité.

Exigeons des architectes et des bâtisseurs à la place des chefs de rayon actuels.

Ainsi, nous pourrons redessiner, ensemble, une autre Europe !

PORTRAIT – Edouard MARTIN, L’inoxydable !

 

« 13h15, le samedi » (France 2) a consacré son émission du 12 mars 2016 à Edouard Martin.

« L’ancien ouvrier sidérurgiste et syndicaliste Edouard Martin est devenu député européen il y a deux ans. Pour certains, c’est une trahison de la classe ouvrière. Pour d’autres, en franchissant les portes d’un nouveau monde, il continue son combat en utilisant des moyens différents.

Eduardo Martin Benitez, né en Andalousie il y a 52 ans et arrivé dans l’est de la France à l’âge de 7 ans, invite régulièrement ses copains de l’usine ArcelorMittal de Florange (Moselle) avec lesquels il a combattu le projet de fermeture du site en 2012. Ils continuent de travailler dans la sidérurgie, quand lui a changé de vie.

Un destin hors norme

Le magazine « 13h15 le samedi » (Facebook, Twitter, #13h15) diffusé sur France 2 a rencontré le jeune député européen qui a passé plus de trente ans à travailler dans l’usine de Florange, comme son père. Son charisme, sa voix, son énergie vont le révéler à la France entière lors de la lutte menée par les sidérurgistes contre la fermeture des hauts-fourneaux. Edouard Martin devient alors le porte-parole d’une industrie nationale mise à mal par la mondialisation.

A l’heure où se discute la réforme du droit du travail en France, ce document d’Aurélia Braud, Frédéric Poussin et Bérangère Laffont trace le portrait d’un homme atypique, bouillonnant et au franc-parler certain. En dépit des désillusions que lui inflige le gouvernement, Edouard Martin a accepté d’être investi tête de liste par le Parti socialiste aux élections européennes de 2014 pour la région Grand Est. »

 

Sources : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/13h15/13h15-du-samedi-12-mars-2016_1346249.html

 

POLITICO Brussels Playbook, presented by Google: German power shift — Washington-Warsaw split — Farmers parade By RYAN HEATH 3/15/16, 7:15 AM CET

TRADE EVENTS TODAY — MEPs HIT OUT AT COMMISSION TO SLOW CHINA TRADE UPGRADE: MEPs have formed a “MES China Action Group” and will today launch a counter-consultation to what they believe is a rigged Commission process on granting China market economy status, with a press conference at 2:15 pm by Emmanuel Maurel, Édouard Martin and David Borrelli. The MEPs said in an email yesterday that “both the assumptions and the methodology used by the European Commission are not satisfactory.”

(AE) CHINE: statut d’économie de marché, ‘contre-consultation publique’ au PE

Bruxelles, 16/03/2016 (Agence Europe) – Un groupe transnational et transpartisan de députés européens, réunis sous la bannière du MES China action group, a lancé, mardi 15 mars, une ‘contre-consultation publique’ sur l’octroi par l’UE du statut d’économie de marché (MES) à la Chine, qui doit être décidé d’ici fin 2016.

En parallèle à la consultation publique sur l’octroi du MES à la Chine, lancée par la Commission le 10 février (EUROPE 11487), un groupe d’action au Parlement européen constitué à l’initiative d’Édouard Martin (S&D, français), Emmanuel Maurel (S&D, français) et David Borrelli (ELDD), italien) a ouvert cette initiative (www.meschinawhynot.eu) pour « explorer les angles morts » de celle de la Commission.

Aux yeux de ce groupe d’action, qui comprend aussi Claude Rolin (PPE, belge), Yannick Jadot (Verts/ALE, français), Sergio Cofferati (S&D, italien), Jonas Fernandez (S&D, espagnol), Georgi Pirinski (S&D, bulgare) et Marco Valli (ELDD, italien), la consultation lancée par la Commission souffre de « faiblesses majeures »: sa formulation, « très technique », limite la participation citoyenne ; elle cantonne les réponses à un champ « très convenu » en ne permettant pas de fournir des réponses ‘ouvertes’ ; elle n’est disponible qu’en une langue ; elle est « très orientée » et est fondée sur le postulat « contestable » que l’UE doit d’une manière ou d’une autre reconnaître le MES à la Chine sans interroger sur les conséquences sociales, environnementales ou territoriales possibles d’une telle évolution. Enfin, elle n’interroge pas les participants sur la « question fondamentale » de savoir si l’octroi du MES à la Chine serait une bonne chose pour l’Europe.

Ce groupe d’action entend mener, de son côté, une consultation « plus objective », rédigée dans plusieurs langues (au moins cinq), formulée de manière plus compréhensible et dotée d’hypothèses de départ plus neutres ; elle inclurait une évaluation des impacts territoriaux, sociaux et environnementaux et ses questions seraient plus ‘ouvertes’ pour laisser la place aux témoignages et aux suggestions.

« Cette contre-consultation doit permettre de re-politiser le débat, puisqu’il est de la responsabilité du Parlement européen de s’en assurer », explique-t-il dans un communiqué, plaidant pour que la participation soit « la plus large possible » (incluant citoyens, entreprises, ONG, associations industrielles, syndicats) pour influencer le contenu des négociations menées de manière « opaque » par la Commission.

MES China action group entend aussi mener une ‘contre-étude d’impact’ visant à évaluer de manière « plus objective » les conséquences économiques et sociales d’une reconnaissance du MES à la Chine pour les entreprises européennes, l’objectif étant de « conserver une base industrielle forte en Europe, qui réponde à d’ambitieux objectifs environnementaux et sociaux ».

Il dénonce la méthode utilisée par la Commission pour procéder à son évaluation d’impact de l’octroi du MES à la Chine sur l’emploi dans tous les secteurs industriels dans l’UE, dont les premiers résultats, dévoilés début février (EUROPE 11481), « sous-estiment les risques » en prenant en compte les seuls secteurs déjà couverts par des mesures antidumping et en mesurant les conséquences sur les seuls emplois directs. « Ni les emplois indirects, qui représentent deux emplois pour chaque emploi direct dans le secteur de l’acier, ni les emplois induits ne sont pris en compte », avertissent-ils, critiquant une « approche statique qui ignore l’effet de multiplication des importations chinoises sur l’ensemble de l’industrie métallurgique ».

« L’étude d’impact de la Commission ne peut prédire de manière concrète la réalité des impacts de l’octroi du MES à la Chine, qui ouvrirait la voie à une grande désindustrialisation des territoires de l’UE, menant à une pauvreté et une détresse sociale pour de nombreuses années. Nous ne pouvons pas rester passifs lorsque la hausse des pertes illustre un risque important et imminent d’effondrement des industries de l’UE. Nous ne devrions pas attendre que les dommages soient irréversibles en raison de pratiques déloyales qui auraient des conséquences néfastes sur la souveraineté industrielle européenne », conclut-il.

Lors d’une conférence de presse donnée par le MES China action group mardi, Reinhard Bütikofer (Verts/ALE, allemand), a enfoncé le clou, dénonçant une consultation publique « truquée » avec un « choix binaire ». « Pour tenter de clore le débat, la Commission essaie de nous ‘vendre’ des mesures supplémentaires dont nous savons bien qu’elles seront beaucoup trop faibles. Nous devons avoir une consultation publique et une analyse d’impact dignes de ce nom. Si nous n’avions pas manifesté d’opposition, la Commission aurait déjà reconnu en douce le MES à la Chine. Ne dupons pas les citoyens ! », a-t-il déclaré.

Les trois options de la Commission. La consultation publique de la Commission, ouverte pour dix semaines, invite les parties prenantes à donner leur avis sur trois options envisagées: – la première serait de ne procéder à aucun changement dans la législation antidumping de l’UE après l’expiration des dispositions du protocole OMC, c’est-à-dire maintenir la Chine dans la liste des économies non marchandes ; – la deuxième serait de retirer la Chine de la liste des économies non marchandes sans conditions ; – la troisième option serait de retirer la Chine de la liste des économies non marchandes, mais en introduisant des mesures d’atténuation via un renforcement de l’arsenal antidumping de l’UE (EUROPE 11482).