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Ascoval : l’ex-syndicaliste de Florange Édouard Martin appelle l’État à « nationaliser provisoirement » l’aciérie

Invité de franceinfo jeudi, Édouard Martin, désormais député européen, a regretté l’absence de politique industrielle en France. Un défaut qui risque selon lui de mener à la fermeture d’Ascoval, comme Florange il y a quelques années.

Le député européen socialiste Édouard Martin a appelé jeudi 25 octobre sur franceinfo l’État à « nationaliser provisoirement l’aciérie d’Ascoval afin d’éviter la fermeture ». L’ex-délégué syndical CFDT de Florange « craint » toutefois « qu’il y ait peu de courage politique pour le faire ». Édouard Martin regrette l’absence de politique industrielle en France qui mène à la « fermeture de fleurons comme Ascoval ». La justice a accordé mercredi un sursis de deux semaines, le temps de valider un accord entre le potentiel repreneur et le propriétaire Vallourec, alors que 281 emplois sont menacés.

franceinfo : Le combat des salariés d’ArcelorMittal à Florange a marqué le quinquennat de François Hollande. Pensez-vous qu’Ascoval peut devenir le Florange d’Emmanuel Macron ?

Édouard Martin : Je crains que ce soit le même cas : on a exactement les mêmes réponses face aux mêmes problèmes, c’est-à-dire que le gouvernement n’a aucune solution viable à proposer pour sauver cette industrie, alors qu’en réalité l’État pourrait nationaliser provisoirement cette aciérie, afin d’éviter la fermeture. Mais je crains qu’on soit dans le discours et qu’il y ait peu de courage politique pour le faire.

Vous voyez vraiment Emmanuel Macron et Bruno Le Maire nationaliser une aciérie ?

Sinon, c’est quoi la solution ? C’est de faire les déclarations qu’ils font à tour de rôle ? Tout le monde s’émeut, tout le monde dit que c’est inadmissible et scandaleux ? Mais en réalité, Vallourec n’en a que faire de ça ! Vallourec, dans sa stratégie estime qu’il n’a plus besoin de cette aciérie et va fermer. On fait quoi alors ? On constate une nouvelle fois un désert industriel ? Il n’y a pas de politique industrielle en France, donc à un moment donné, il faut se doter d’outils qui évitent la désindustrialisation et la fermeture de fleurons comme Ascoval. Sinon, le reste, c’est du vent, c’est de la poudre de perlimpinpin, ce sont des slogans. En réalité, aujourd’hui, il y a près de 300 salariés qui sont sur le carreau.

L’État est actionnaire minoritaire de Vallourec, le propriétaire actuel d’Ascoval. Il n’a aucun moyen de lui tordre le bras, de le forcer à mettre de l’argent pour le repreneur, le franco-belge Altifort ?

Il n’a aucun moyen si, effectivement, l’État s’arrête uniquement aux déclarations. Moi, j’aimerais qu’on fasse un état des lieux et qu’on fasse la somme de toutes les aides publiques, directes ou indirectes, comme le CICE, qu’a perçues Vallourec. C’est bien de l’argent public, c’est l’impôt des citoyens français. Et je pense que les citoyens français sont en droit de demander des comptes à cette entreprise et de faire en sorte qu’elle fasse des efforts supplémentaires pour sauver une industrie. Je rappelle que l’Europe et notamment la France importent de l’acier. On va donc fermer une aciérie qui produit un bien de consommation dont nous avons besoin pour aller le produire ailleurs et l’importer ? C’est inadmissible.

 

Édité par Thomas Pontillon /franceinfo – Radio France

Mis à jour le  – publié le 

Article à consulter en ligne via https://mobile.francetvinfo.fr/economie/emploi/plans-sociaux/ascoval-l-ex-syndicaliste-de-florange-edouard-martin-appelle-l-etat-a-nationaliser-provisoirement-l-acierie_3002939.html?fbclid=IwAR1-e-npDqFhM42zZCqQnLD-YrVLljsUwufRxo9xo1HrrnSciKryCpzSvBs#xtor=CS2-765-%5Bfacebook%5D-&xtref=acc_dir

Refusons l’accord commercial avec le Japon Jefta

La Commission européenne reste addict au libre-échange et à ses promesses dépassées de nouveaux points de croissance. Avec le Jefta, nouveau venu dans l’univers de ces accords de libre-échange après le TTIP et le Ceta, elle frappe un grand coup.

 Au beau milieu de l’été, alors que commençait l’interruption du travail parlementaire, et après des discussions tenues dans la plus grande discrétion, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, Donald Tusk, président du Conseil européen, et Shinzo Abe, premier ministre japonais, ont signé le 17 juillet cet accord commercial entre l’Union européenne et le Japon. Un traité de libre-échange d’une ampleur inédite. Sans véritable consultation démocratique préalable et sans que les Parlements nationaux n’aient leur mot à dire, l’accord doit maintenant être ratifié par le Parlement européen dans les mois qui viennent. Climaticide, écocide et dérégulateur : la bataille contre le Jefta ne fait que commencer.

Jamais un accord de libre-échange n’avait soulevé des enjeux aussi importants. Pour le plus grand bonheur de quelques happy few, il organise le nivellement par le bas des normes sanitaires, sociales, environnementales et fiscales qui protègent aujourd’hui les européens et prévoit une réduction de plus de 90 % des droits de douanes entre l’Union européenne et le Japon. Le mot d’ordre est clair : libéraliser un peu plus tous les services existants et à venir, à l’exception d’une poignée d’entre eux, répertoriés dans une liste fermée. La mise en place de tribunaux d’arbitrage, qui avait déjà été l’objet d’une levée de boucliers lors du Ceta, risque quant à elle de revenir dans le débat puisqu’un accord d’investissement est en train de se négocier en parallèle…

Véritable fuite en avant de la Commission, c’est une bombe à retardement pour notre environnement, notre planète et les travailleurs européens. Face à l’impérieuse nécessité de respecter l’Accord de Paris pour contenir le réchauffement climatique, il est incompréhensible que ce dernier ne compte pas parmi les clauses essentielles du Jefta et que les chapitres relatifs au développement durable ne soient pas assortis de mécanismes de sanction. Le Japon fait en effet partie des dix pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre au niveau mondial et il ne respecte pas ses engagements, pourtant faibles, pris en matière de réduction de ses émissions. S’ajoute à cela le développement des exportations de produits agricoles et alimentaires entre les deux puissances qui va à rebours des bonnes pratiques que nous appelons de nos vœux : relocaliser la production, développer les circuits courts et transformer la production pour développer un modèle agro-écologique de qualité pour les agriculteurs et les consommateurs.

Des enjeux pourtant primordiaux de protection des espèces ont également été soigneusement exclus de cet accord. En matière de pêche, seules 7 espèces sont sous quotas au Japon, contre 35 en Europe, et il est avéré que le thon rouge, espèce qui joue sa survie au niveau mondial, est soumis à une situation de surpêche sous la pression de la flotte et du marché japonais. Le même sort est réservé à la chasse à la baleine, légale au Japon, sous couvert de recherche scientifique : l’Union va-t-elle cautionner une telle pratique, largement condamnée par la communauté internationale ? C’est un recul inquiétant pour la promotion de la pêche durable.

Rien, ni la montée des populismes, ni la percée de l’extrême droite, ni la crise de légitimité qui frappe l’Union européenne ne semble entraver la boulimie de la Commission européenne en matière de libre-échange : elle accélère coûte que coûte la conclusion de ces accords au détriment des Européens et de notre planète. Ne nous y trompons pas : ces accords donnent toute satisfaction aux multinationales en révisant à la baisse et l’air de rien les standards sociaux et environnementaux ; de là à y voir un lien de cause à effet… Nous, députés européens, appelons les citoyens à se mobiliser et le Parlement européen à faire bloc pour refuser cet accord et faire de la transition écologique, juste et démocratique une priorité pour l’Union européenne.

Isabelle Thomas, Guillaume Balas et Édouard Martin (Génération-s), Maria Arena (Parti socialiste belge)


Tribune dans LIBERATION : L’Europe se meurt mais il n’est pas trop tard pour la sauver

Face à l’Europe des marchés, des lobbies et des premiers de cordée, trois députés européens de Génération·s appellent à une mobilisation citoyenne et à l’union des progressistes.

Aléxis Tsípras et Viktor Orbàn s’exprimaient ce mardi 11 septembre face aux députés européens sur la situation respective de leur pays. Demain, ce sera au tour du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de livrer son discours annuel sur l’Etat de l’Union. Nous avons ainsi le concentré du double piège libéral et nationaliste dans lequel l’Europe se perd.

l’Homme et des valeurs humanistes. «La Commission de la dernière chance», comme Jean-Claude Juncker l’avait lui-même qualifiée, a montré sa servitude et son impuissance. Le renouvellement de l’autorisation du glyphosate ou la nomination de Martin Selmayr en sont des révélateurs, parmi d’autres forfaitures désastreuses pour la crédibilité de l’Union. Sans parler de la proposition budgétaire a minima pour l’après-2020, qui hypothèque l’avenir même des politiques européennes. Quid de l’Europe avec un triple A social que nous vendait Jean-Claude Juncker ? Le discours de demain, tout ambitieux qu’il puisse être, ne réécrira pas l’histoire à neuf mois d’une fin de mandat crépusculaire.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron entre en campagne des européennes en s’autoproclamant chef de file des «progressistes» européistes face aux nationalistes europhobes. En faux progressiste mais en vrai néolibéral, le président français crée un clivage opportuniste, contredit par ses choix politiques en matière économique, écologique ou migratoire.

34 361 morts. La Méditerranée est aujourd’hui le cimetière de femmes et d’hommes qui, espérant l’asile, se heurtent aux égoïsmes nationaux. Et l’Europe terre d’accueil se transforme un peu plus chaque jour en Europe forteresse. Nous militerons pour l’accueil des migrants et l’accompagnement humain, conformément aux valeurs qui sont celles de notre projet européen. Alors oui, si nous n’opérons pas un changement radical de direction, l’Europe est à quelques encablures d’une désintégration définitive. La multiplication des succès électoraux des partis d’extrême droite n’est que le premier symptôme d’un mal qui se généralise jusqu’en Suède. Alors qu’attendons-nous pour réagir ?

Un outil de protection

L’Europe pourrait être un formidable outil de protection et d’émancipation si elle était gouvernée non pas par le marché mais par les citoyens. C’est à son niveau que pourraient se construire les termes d’une politique migratoire humaniste et de développement international qui ait pour fondement la coopération plutôt que la concurrence. C’est à son niveau que pourrait se dessiner une politique ambitieuse d’investissement dans la transition écologique pour répondre à la crise climatique et environnementale. C’est à son niveau que pourrait se mettre en place une véritable politique de juste échange, de convergence sociale, de régulation du capitalisme financier, d’anticipation face aux mutations du travail. C’est à son niveau que pourrait se jouer beaucoup de choses… à condition que la gauche progressiste, humaniste et écologiste puissent y jouer un rôle.

Pour cela, nous devons nous unir pour être nombreux à constituer ce pôle de résistance à l’Europe des marchés, des lobbies et des premiers de cordée. La refonte des traités par un processus constituant à court terme est indispensable. Mais cela n’exonère pas les futurs eurodéputés d’utiliser immédiatement tous les instruments à leur disposition : pouvoir de veto, opposition à la nomination des commissaires, rejet des décharges budgétaires, utilisation des pouvoirs d’initiative, d’enquête et de contrôle… Face aux forces redoutables qui sont à l’œuvre, l’heure est donc à la mobilisation citoyenne et à l’union des progressistes et écologistes européens. L’Europe se meurt mais il n’est pas encore trop tard pour la sauver. Alors, agissons.

Édouard Martin Guillaume Balas Isabelle Thomas, députés européens Génération·s

Edouard Martin présente sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité

Un colloque organisé, le 27 juin par Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, réunissait des politiques, des professionnel.le.s de la publicité et de la communication de grands groupes, des membres d’associations… Un temps fort pour décrypter, repérer les stéréotypes sexistes qui envahissent l’espace public, analyser la façon dont on peut changer les mentalités et partager les bonnes pratiques de la France et de l’Europe. A l’occasion de ce colloque, Edouard Martin député européen, ancien syndicaliste d’ArcelorMittal, a présenté sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité et partagé son engagement féministe.  

Je ne viens pas d’un milieu dans lequel j’ai été éduqué à être féministe. Il y a trois événements dans ma vie qui m’ont fait prendre conscience que justement je n’étais pas féministe, et peut être même un peu trop macho. Je pense qu’à partir du moment où l’on prend conscience que l’on n’est pas féministe, c’est peut-être la voie de la guérison.

Le premier événement important, c’est mon engagement syndical, dans le monde de l’entreprise. C’est là où j’ai vu des discriminations sexistes au quotidien. J’ai vu que les femmes souffraient, beaucoup plus que les hommes, dans le travail par le simple fait qu’elles soient femmes.

Le deuxième événement de ma vie, c’est la naissance de ma fille il y a six ans. Je me suis dit en tant que papa : «Ma fille va grandir dans un monde de mecs, hyper machos. Elle va devoir tout au long de sa vie, dès la maternelle, être obligée de jouer des coudes pour faire sa place, montrer qu’elle fait aussi bien qu’un mec, et elle va être discriminée de par son genre». Cela m’était insupportable.

Troisième événement majeur de ma vie, c’est d’avoir eu la chance de rencontrer Jeanne, mon assistante, qui est féministe de la première heure et qui m’a éduqué ou du moins a contribué à mon éducation. Par exemple, elle a mis en place une règle. Dans mon bureau nous sommes quatre, trois garçons et Jeanne, et les garçons ont l’habitude de raconter des histoires un peu potaches, en n’ayant pas forcément conscience de ce que cela provoque chez l’autre. Jeanne un jour a dit «à partir d’aujourd’hui, je vais mettre en place une tirelire, et à chaque blague sexiste, vous mettrez un € dans la cagnotte». On doit être à dix-neuf €, et personnellement j’ai du en mettre dix-huit. Cela peut paraître banal, mais cela nous a obligé à repenser notre manière de nous comporter.

La publicité est peut-être quelque chose qui est peu regardée par les adultes, en revanche, sur les enfants et les ados, je peux vous assurer que ça marche. Je me souviens par exemple d’une publicité pour une marque de voiture avec une voiture et une femme magnifique, et de la réaction de mon gamin : «eh Papa, t’as vu la bombasse ?» Il n’a pas regardé la voiture, mais il se rappelait avoir vu une superbe femme. Pour les jeunes, la publicité est plus qu’un support, elle les formate, elle les éduque presque.

Tout cela m’a appelé à agir en tant que député européen. Même si le contexte ne s’y prêtait pas et que je n’avais pas vraiment la possibilité de faire voter une loi au niveau européen, l’idée nous est venue avec Jeanne et d’autres collègues, de rédiger une Charte contre la publicité sexiste. Nous voulions la proposer aux villes européennes, qu’elles puissent la signer pour s’engager à lutter contre les publicités sexistes. Je suis la pour témoigner que nous sommes en train de la médiatiser, de la faire connaitre, des grandes aux petites villes européennes.

Nous espérons que des élu.e.s de villes européennes se disent «nous nous engageons à respecter les droits de l’homme, les droits des femmes, nous voulons lutter contre les publicités sexistes et nous allons nous doter d’un cahier des charges». Il ne suffit pas de signer la Charte, après il faut la faire vivre. J’aspire à ce qu’un réseau se mette en place puisqu’une fois que les mairies et les communes se sont engagées à signer cette charte, il faut faire vivre cet engagement. Il y a 10 règles d’or et nous espérons que les ONG, la société civile, vont se porter garantes de leur application.

La publicité est partout, sur les téléphones, à la radio, la télé, dans l’espace public. A chaque fois que je passe devant une publicité, j’en fais l’analyse: «carton rouge, carton vert, la c’est un peu sexiste, là ça va». Cela m’aide à cultiver une façon de penser, à prendre le recul nécessaire et la bonne approche, et à être en capacité d’expliquer à mes enfants que la publicité n’est pas quelque chose d’innocent et de banal …

Je viens des quartiers, et dans les quartiers, il n’y a pas forcément accès à la culture, au savoir, à la politisation, comme certain.e.s l’ont eu. Moi qui ait été 35 ans en usine, je peux vous assurer que des blagues potaches, il y en a dix à la seconde, et même s’il y a des femmes, les hommes ne se gènent pas. Etant aussi de l’autre coté comme responsable syndical, j’ai vu ce que cela peut provoquer comme dégât dans la tête du personnel féminin.

Le rôle d’un syndicat est aussi de lutter contre toutes les formes de discrimination, et le sexisme est forcément une discrimination.

 

 Edouard Martin, député européen

 

Lire l’article en ligne : http://www.50-50magazine.fr/2018/07/05/edouard-martin-presente-sa-charte-europeenne-pour-lutter-contre-les-stereotypes-sexistes-dans-la-publicite/