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Non, ce n’est pas vous le problème !

Au lendemain de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et de la transphobie, le Parlement européen a voté une résolution sur la mise en œuvre des lignes directrices du Conseil relatives aux personnes LGBTi qui fait suite à l’urgence dans laquelle se trouve plus d’une centaine d’hommes en Tchétchénie qui subissent les plus horribles persécutions.

C’est parce qu’ils sont supposés ou avérés étant homosexuels que ces hommes sont délibérément ciblés par les forces de police et de sécurité à la demande du chef de l’État Monsieur Kadyrov, puis emprisonnés; puis torturés.

C’est par crainte de représailles que ces victimes s’abstiennent le plus souvent de demander justice.

Ces hommes et ces femmes sont particulièrement vulnérables en raison de l’attitude extrêmement homophobe de la société tchétchène mais ils risquent également d’être victimes de crimes d’honneur perpétrés par leurs proches.

Ce sont des hommes et des femmes à qui on nie l’existence.

Dans un premier temps, il s’agit de survie. Les États européens ont la responsabilité de faciliter la délivrance de visas d’urgence.

L’Europe doit être une terre d’asile pour les homosexuels tchétchènes traqués, torturés et assassinés par le régime de Ramzan Kadyrov.

Dans un second temps, les organisations internationales de protection des droits de l’homme doivent être autorisées à mener une enquête crédible sur ces crimes présumés.

J’ai souhaité partager ici avec vous la tribune rédigée par SOS homophobie, Agissons ensemble pour ne pas accueillir nos enfants dans une société homophobe : 

« Agissons ensemble pour ne pas accueillir nos enfants dans une société homophobe.

SOS homophobie en appelle aujourd’hui à la responsabilité de tou-te-s pour que grandissent les droits et les libertés d’être, de vivre et d’aimer.

Triste et malheureux constat: après deux années consécutives de baisse des témoignages, les LGBTphobies progressent à nouveau en 2016 avec une augmentation de 19,5 % des témoignages reçus par SOS homophobie. Les personnes trans sont parmi les premières victimes de cette hausse (+76% de témoignages). La haine envers les personnes lesbiennes, gays, bies, trans et intersexes (LGBTI) persiste, s’amplifie et s’ancre toujours aussi profondément dans notre société.

Si Internet reste le lieu le plus propice au développement de la parole homophobe et transphobe (22,5% des témoignages), le climat d’homophobie et de transphobie, alimenté par la banalisation des discours de haine envers les personnes LGBT, est palpable dans toute la société française.

L’homophobie quotidienne, subie dans le contexte familial et dans l’entourage proche, dans les lieux publics, à l’école ou au travail, demeure très importante (60% des témoignages).

Comment comprendre une telle situation?

Au cours des dernières années, les libertés et les droits des personnes LGBTI ont fortement progressé en France à l’exemple de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe, de l’amorce de la simplification du changement d’état civil pour les personnes trans ou encore de l’introduction de la lutte contre l’homophobie dans les programmes scolaires. Toutes ces avancées ont donné lieu à l’expression d’une violence extrême envers les personnes LGBTI, malheureusement tolérée, et même relayée. Les discours qui tendent aujourd’hui à remettre en cause ces droits alimentent cette haine. La tolérance de l’inacceptable légitime et donne toute sa force à la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins, à l’un de ces moments où l’histoire hésite. A un moment où les discours extrêmes gagnent du terrain. Dans quelle société souhaitons-nous vivre et accueillir nos enfants? Une société dans laquelle la haine d’autrui est tolérée voire encouragée? Une société uniforme, dans laquelle toute différence est suspecte? Une société dans laquelle l’altérité est vécue comme une menace? Un autre choix est possible: celui d’une société respectueuse, ouverte et inclusive.

Face à l’homophobie et à la transphobie, SOS homophobie en appelle aujourd’hui à la responsabilité de tou-te-s pour que, dans notre société, grandissent les droits et les libertés d’être, de vivre et d’aimer, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre.

Les combats d’arrière-garde contre les droits et les libertés des personnes LGBTI, les promesses non tenues, les hésitations à reconnaître les lesbiennes, les gays, les bi-e-s, les trans et les intersexes comme des citoyen-ne-s à part entière font le jeu de la haine. N’oublions pas que chaque mot, chaque acte qui excuse, légitime, banalise ou encourage l’homophobie rend celui ou celle qui le prononce, celui ou celle qui le commet, à la fois complice des violences que subissent les personnes lesbiennes, gays, bies, trans et intersexes, et coupable de construire une société de violence et de haine. Quand toutes les enquêtes d’opinion montrent que la population française approuve très largement l’avancée des droits des personnes lesbiennes, gays, bies, trans et intersexes, combien de temps encore cédera-t-on au bruit d’une minorité dont les valeurs d’exclusion et d’intolérance s’opposent aux valeurs républicaines?

Le temps des responsabilités est le temps de l’action. Nous espérons aujourd’hui une politique juste et ambitieuse de lutte contre les LGBTphobies. Elle exige une volonté politique sans faille; elle impose de prendre des mesures concrètes et justes. Elle implique l’action de toutes et tous, de toutes nos institutions. La DILCRAH, première entité publique de l’histoire de France dédiée à la lutte contre la haine anti-LGBT, a tout son rôle à jouer. Sans attente inutile, faisons de la mise en place d’un changement d’état-civil entièrement libre et gratuit pour les personnes trans, de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, de la reconnaissance de la diversité des modèles familiaux, des réalités.

René Char écrivait: « Il n’y a que deux conduites avec la vie: ou on la rêve ou on l’accomplit ». Que la responsabilité soit aujourd’hui prise d’agir avec espérance, force et détermination contre les LGBTIphobies, d’accomplir pleinement la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité pour les personnes lesbiennes, gays, bies, trans et intersexes. »

Source de cette tribune:

http://www.huffingtonpost.fr/melina-loupia/si-nous-ne-voulons-pas-accueillir-nos-enfants-dans-une-societe-h_a_22086922/

 

TRIBUNE : Relancer un dialogue social européen en panne

Joël Decaillon et Edouard Martin  – 05/04/2017

 

Il y a soixante ans, le traité de Rome entendait engager un processus d’égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail. En 1992, le « protocole social » associé au traité de Maastricht avait de plus institutionnalisé le dialogue social à l’échelle de l’Union accordant ainsi aux partenaires sociaux le droit de créer du droit européen. A ses débuts, il avait abouti à trois accords-cadres transformés ensuite en directives. Mais par la suite aucun accord n’avait plus pu être conclu pendant de longues années.

En avril 2012, un accord-cadre sur la santé et la sécurité des salariés avait cependant été signé dans le secteur de la coiffure. Mais la Commission européenne et le Conseil ont alors refusé de le transposer sous forme de directive sonnant ainsi le glas de ce processus législatif original.

Après 2008, nous avons même assisté avec la crise à la remise en cause de la liberté de négociation, du droit du travail et de la hiérarchie des normes dans les pays baltes, en Pologne, en Irlande et dans les pays d’Europe centrale ou encore d’Europe du Sud. Tandis que la directive sur les travailleurs détachés, vidée de son sens jusqu’au contre-sens, couvrait tous les abus dans le bâtiment et le transport. Refondée, celle-ci pourrait pourtant devenir le prototype d’un droit social européen progressiste basé sur l’égalité de traitement des travailleurs.

Notre histoire future ne saurait résulter de la sélection darwinienne que la globalisation financière imposerait à tous. Après le Brexit sanctionnant ces impasses et renoncements, le moment est venu de mettre en place un cadre politique de négociation sociale efficace au niveau de la zone euro.

Il s’agit ainsi de mieux prendre en compte la segmentation croissante du salariat en élargissant le champs d’application du droit social à toutes les formes de contrat pour autrui, de démystifier la réduction du temps de travail qui s’opère partout de façon sauvage par l’usage du temps partiel et l’extension de la précarité, de rendre effectifs les droits à la vie familiale et sociale en s’inspirant des pays scandinaves, d’adapter les niveaux pertinents de négociation à l’évolution des chaînes de valeur, de garantir la continuité des trajectoires professionnelles… Bref, de concevoir une transition « éco-sociale » associant révision écologique des cycles productifs, stabilité macroéconomique gouvernée, flexi-sécurité et plus grande cohésion sociale.

Joël Decaillon est ancien secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES), ancien responsable des questions européennes à la CGT, membre de Lasaire (Laboratoire social d’actions, d’innovations, de réflexions et d’échanges)

Edouard Martin est député européen, ancien délégué syndical CFDT d’Arcelor-Mittal

 

Retrouver l’article sur internet : http://www.alternatives-economiques.fr/relancer-un-dialogue-social-europeen-panne/00078321

 

Accord belge sur le CETA: quelles leçons pour les sociaux-démocrates? (Article Les Invités de MEDIAPART du 28.10.2016)

Guillaume Balas, Edouard Martin, Emmanuel Maurel, Virginie Rozière et Isabelle Thomas, députés européens de gauche, reconnaissent les avancées obtenues par l’accord wallon sur le CETA, concernant le mécanisme de règlement des différends (ICS) et les clauses de sauvegarde agricoles. Malgré cela, « les interrogations quant aux nécessités concrètes de conclure un tel accord commercial ne sont toujours pas levées », insistent-ils.

L’accord économique et commercial global (AECG/CETA) négocié entre l’Union européenne et le Canada fait l’objet d’un intérêt croissant dans l’opinion publique. Ce regain d’attention a été suscité ces dernières semaines par l’opposition manifestée par le Parlement de la région wallonne à la signature par la Belgique de cet accord.

Au vu des rebondissements de la semaine, il nous semble utile d’en tirer quelques enseignements.

Élus de gauche au Parlement européen, nous souhaitons d’abord saluer la sagesse et le courage des élus des régions wallonne et bruxelloise qui ont su résister aux intenses pressions politiques et aux menaces de représailles économiques exercées par les promoteurs zélés du libre-échange le plus débridé. Certains n’ont pas hésité à évoquer purement et simplement un passage en force. Le Président du groupe libéral au Parlement européen, Monsieur Guy Verhofstadt, qui se complaît dans la posture du grand défenseur de la démocratie fédéraliste européenne, déclarait ce mardi que les chefs d’État pourraient contourner la position du Parlement wallon en requalifiant sur le plan juridique cet accord comme « non mixte », c’est-à-dire en court-circuitant la consultation des parlements nationaux.

Rappelons qu’il y a plus d’un an, le 2 octobre 2015, la région wallonne s’était adressée à la Commission pour exprimer ses doutes sur de nombreux points clefs du traité commercial. La Commission européenne n’a daigné donner suite à ces questions légitimes que le 4 octobre dernier, en même temps qu’elle pressait le parlement wallon de lever son opposition à la signature de cet accord par la Belgique.

Sur le contenu même de l’accord, quelles ont été les avancées obtenues par Paul Magnette et les socialistes belges ?

Les opposants au CETA ont régulièrement dénoncé le nouveau mécanisme de règlement des différends – ICS – créé pour permettre de trancher les litiges entre les investisseurs – en réalité, quasi-exclusivement des firmes multinationales – et les États. Pointant du doigt le risque que cette structure ad hoc reposant sur l’arbitrage entre parties contournerait les tribunaux des Etats, de nombreuses voix (associations de magistrats européens, collectifs citoyens, élus) se sont élevées pour s’interroger sur la compatibilité de ce mécanisme avec le droit européen. Grâce au combat mené par les socialistes wallons et bruxellois, la Belgique s’engage à saisir la Cour de justice européenne afin de se prononcer sur la légalité de ce mécanisme. Par ailleurs, la Belgique va demander une réforme en profondeur du système ICS, sous peine d’un rejet par les parlements concernés.

Sur le plan agricole, l’État et les régions belges pourront activer une clause de sauvegarde en cas de déséquilibre de marché affectant un produit spécifique. Concrètement, si les importations de viande bovine et porcine provenant du Canada conduisent à un affaissement significatif des cours et amènent les éleveurs à produire à perte, les autorités publiques pourront demander de restreindre les quotas prévus par le traité. Les socialistes belges ont obtenu que des seuils soient déterminés moins de 12 mois après la signature de cet accord pour définir précisément ce que la notion de « déséquilibre de marché » recouvre.

Malgré ces avancées obtenues par la Wallonie, les interrogations quant aux nécessités concrètes de conclure un tel accord commercial ne sont toujours pas levées. Ces accords de nouvelle génération ressemblent plus que jamais à des accords de marché intérieur, offrant une porte ouverte à des pratiques de lobbying difficiles à encadrer, là où c’est l’intérêt général qui devrait être au centre de la politique commerciale de l’Union européenne. L’accroissement des émissions de gaz à effet de serre attendu par la conclusion de cet accord commercial apparaît en totale contradiction avec les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique énoncés lors de la COP 21 de Paris.  Alors même que l’étude produite en 2011 pour la Commission n’évaluait qu’à 0,03 % le surcroît de PIB attendu sur 10 ans, une étude indépendante de l’Université de Tufts aux Etats-Unis fait état de la possible destruction de 200 000 emplois en Europe et de 45 000 emplois en France d’ici 2023.

L’épisode wallon a démontré que l’abnégation et la fidélité aux engagements politiques pouvaient changer le cours prétendument inexorable des diktats de la Commission européenne. Il doit servir de leçon à l’ensemble des socialistes et sociaux-démocrates européens en leur rappelant que les batailles perdues d’avance sont celles que l’on refuse de mener. Le bras de fer engagé par M. Magnette donne tort à ceux qui évacuaient d’un revers de la main les critiques légitimes que nous portions sur le CETA : à force de défendre un accord décrit comme « anti-TAFTA », la France n’aura malheureusement pas pesé dans la dernière phase des négociations, finalement la plus décisive.

Nous nous engageons à nous battre pour que la régulation de la mondialisation ne se fasse plus au détriment des principes démocratiques.

 

Guillaume Balas, Edouard Martin, Emmanuel Maurel, Virginie Rozière et Isabelle Thomas, députés européens, sont membres du groupe Socialistes & Démocrates.

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Consultez l’article en ligne : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/281016/accord-belge-sur-le-ceta-quelles-lecons-pour-les-sociaux-democrates