Archives de catégorie : Editos / Communiqués

Edito – Juin 2015

Dans un contexte d’instabilité et de guerres aux portes de l’Europe, la pression migratoire n’a jamais été aussi forte. Depuis janvier 2015, plusieurs centaines de migrants ont perdu la vie en mer Méditerranée en essayant de fuir ces guerres, la barbarie ou la famine. La majorité de ces réfugiés viennent de Syrie,  de Lybie, Erythrée et Afrique Subsaharienne. Les responsabilités historiques et politiques de l’Europe incombent aussi à la France qui doit permettre des visas légaux temporaires à ces réfugiés afin de leur permettre de se reconstruire.

Le cas du Congo est révélateur du désastre humanitaire car beaucoup d’entreprises multinationales exploitent les gisements de minerais indispensables à notre industrie. Les conditions de travail sont insoutenables et le viol est utilisé comme arme de guerre pour avoir la mainmise sur les précieux minerais. Le tout dans la plus grande indifférence internationale et avec la complicité implicite de l’Union Européenne où des parlementaires de droite et d’extrême droite s’opposent à faire voter un texte sur la traçabilité des  « minerais de sang ». Les mêmes qui fustigent les tentatives des migrants d’atteindre le sol européen. Pour leur répondre, l’Europe décide d’envoyer l’armée en Méditerranée pour empêcher les réfugiés d’accoster sur nos côtes. Cette mer est devenue un mur infranchissable comme d’autres en ont construit par le passé.

Au moment où la France et l’Europe commémorent la fin des déportations et de la seconde guerre mondiale, il serait bon de se souvenir que la Méditerranée ne peut pas être la mer de la honte. La honte d’une Europe incapable de venir en aide aux plus démunis de cette planète.

La justice turque s’acharne sur Pinar Selek

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Quatre procès, seize ans d’une procédure émaillée d’innombrables démonstrations de son innocence… Et pourtant ce vendredi 19 décembre ses avocats devront une fois encore, avec patience et minutie, démonter point par point l’acte d’accusation qui n’amène pas d’élément nouveau et par lequel le Procureur requiert pourtant la réclusion à perpétuité.

 

En s’attaquant frontalement à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, avec cette récente opération policière menée contre des journalistes, la Turquie de M. Erdogan a déjà été tancée par la communauté internationale. Une condamnation de Pinar Selek marquerait un pas de plus dans la dérive autocratique que nous constatons et contestons.

 

Pinar Selek n’est pas seule dans sa défense des femmes et des minorités. Elle ne doit pas être laissée seule pour sa propre défense. C’est l’objet du Collectif de Solidarité et des autres comités de soutien qui se sont formés autour d’elle et auxquels je souhaite adresser mon soutien, mes encouragements et mon amitié. Au diapason de ces militants turcs, français, allemands ou suisses, j’espère que Pinar Selek sera acquittée une bonne fois pour toutes.

Le Parlement européen soutient le juste échange via un ajustement aux frontières des émissions de CO2 dans le secteur de la sidérurgie

CP DSF Le Parlement européen soutient le juste échange via un ajustement aux frontières des émissions de CO2 dans le secteur de la sidérurgie 17 12 2014

 

Le Parlement européen s’est positionné aujourd’hui par 466 voix pour, 133 voix contre et 100 abstentions en faveur d’une stratégie ambitieuse pour l’avenir de la sidérurgie en Europe.

 

En effet, sous la pression conjuguée d’une concurrence extra-européenne croissante et souvent déloyale, d’un sous-investissement néfaste dans l’outil de production, et de facteurs d’accès aux matières premières et à l’énergie qui dans certains pays représentent un handicap sérieux, ce secteur souffre particulièrement en période de crise. Et ce sont avant tout les ouvriers et salariés qui ont trinqué : 60 000 suppressions d’emplois directs depuis 2007, et au moins autant d’emplois indirects.

C’est la raison pour laquelle le Parlement, sur la base d’un texte émanant des groupes S&D, PPE et Verts dont Edouard Martin a été l’une des chevilles ouvrières, s’est particulièrement penché sur les aspects sociaux. Le dialogue social et la qualification des travailleurs ne sont pas un frein à notre compétitivité, ils sont la condition d’un rebond de ce secteur.

 

Mais il s’agit également de rester les premiers en matière d’objectifs climatiques et environnementaux (émissions de CO2, efficacité énergétique, économie circulaire). « Nous n’avons qu’une seule planète », répète Edouard Martin. C’est aussi la raison pour laquelle il a plaidé avec succès pour que la Commission étudie la faisabilité d’un ajustement carbone aux frontières (426+, 246-, 27 abs). En effet, il n’est pas concevable que les règles contraignantes que nous fixons pour ces industries aient pour principal effet de déporter la production dans des régions du monde où elles sont plus légères voire inexistantes.

 

Il a déclaré à l’issue du vote : « Quand la production d’une tonne d’acier produite en Europe émet 2 tonnes de CO2, ces émissions montent à 3 tonnes de CO2 en Chine. Notre objectif est de mettre tous les acteurs sur le même pied en termes d’émission de CO2, de rétablir une concurrence équitable. C’est le sens de l’ajustement aux frontières. De plus le produit de la vente, par les entreprises européennes, des quotas gratuits qui leur ont été alloués devrait être réinvesti intégralement dans l’amélioration de l’outil et en particulier la réduction des émissions de carbone. Soumettre les produits métallurgiques importés à nos normes environnementales pousserait par ailleurs les producteurs extérieurs à améliorer leurs installations, initiant alors un cercle vertueux global dans le cadre de la lutte contre le changement climatique ».

Ces objectifs ambitieux, nous les atteindrons aussi par l’investissement, la R&D et l’innovation, des points sur lesquels la résolution revient en détail.

 

Cet amendement validé par les parlementaires européens sur l’ajustement aux frontières est accueilli avec joie par Edouard Martin qui continuera sur cette voie dans le cadre de son rapport d’initiative sur le développement durable de l’industrie des métaux de base en Europe.

 

Un sommet pour la zone euro, … il est temps !

La presse a essentiellement retenu du Conseil européen la désignation des nouveaux visages de l’Union européenne, le duo Donald Tusk-Federica Mogherini – qui succèderait à Herman Van Rompuy – Catherine Ashton.

Pourtant, la bonne nouvelle de ce Conseil européen, c’est l’accord des chefs d’Etat et de Gouvernement  sur l’organisation d’un sommet dédié à la situation économique de la zone euro, même s’il eut été préférable de l’organiser en parallèle de celui dédié à l’emploi des jeunes. A l’heure où la déflation menace, cette ouverture, voulue par le président de la République française, François Hollande, doit être pleinement exploitée.

Après le discours à Jackson Hole de Monsieur Mario Draghi en faveur, notamment, d’un soutien de la demande agrégée en Europe, Monsieur Barroso doit reconnaître ses erreurs et cesser de freiner la réorientation de l’Europe vers plus de croissance et d’investissement. Monsieur Juncker doit entendre le message des banquiers centraux et refléter cette priorité dans l’organisation et la composition du futur collège des Commissaires. Il doit faire entendre sa voix de président de la Commission européenne, garante de l’intérêt général européen.

La situation exceptionnelle que l’Europe affronte – chômage trop fort, croissance trop faible, et inflation trop faible – doit être analysée de manière approfondie sans avoir peur de toucher à des tabous comme le calendrier de réduction des déficits, la prise en compte de l’impact d’absence de croissance ou d’inflation, le manque de demande ou d’investissement ici ou là.

Enfin, Monsieur Juncker s’est engagé, pour obtenir la confiance du Parlement européen, à mettre en œuvre un plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur trois ans. Nous attendons des clarifications sur son contenu, son calendrier et surtout son financement !

Un pas pour la démocratie, incertitude sur la réorientation

Tribune de la délégation socialiste française publiée dans le Huffington Post

Les dernières élections européennes ont vu naître une grande première : les partis politiques ont parlementarisé l’Union européenne en proposant que le candidat arrivé en tête soit désigné par le Conseil européen et chargé de constituer une majorité au Parlement européen. Monsieur Juncker n’était pas notre candidat, ni celui des Socialistes et des Radicaux européens. Ensemble, nous avons soutenu Martin Schulz. Mais nous n’avons pas gagné.

Nous avons deux objectifs : poursuivre la démocratisation de l’Europe et réorienter celle-ci par une relance de l’investissement et de l’emploi.

Le candidat du parti arrivé en tête n’a pas de majorité à lui seul : ainsi nous pouvons mettre en place un rapport de force pour infléchir le programme de travail de la Commission. Ce saut démocratique nous donne de nouveaux atouts pour peser sur le programme du candidat, mais aussi pour le juger et influencer sa mise en œuvre tout au long de son mandat.

A l’échelle de l’Union, sous l’impulsion du président de la République lors du Conseil européen du 27 juin dernier, nos idées pour réorienter l’Europe progressent. Notre tâche de parlementaires est de traduire cette dynamique, de renforcer notre influence et notre action là où c’est possible, dans les engagements que le candidat prend devant nous.

Avec le Parti socialiste, avec le Parti socialiste européen, avec le groupe des Socialistes et Démocrates nous avons lancé nos propositions dans le débat public. Nous avons demandé une discussion franche sur la feuille de route de la prochaine Commission car, pour nous, le contenu du projet prime sur ceux qui le portent ; nous avons obtenu cette discussion.

Nous avons entendu Monsieur Juncker devant notre groupe et en plénière dire qu’il était candidat parce qu’il n’aime pas l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, dire sa priorité en faveur de la croissance et de l’emploi, accepter d’utiliser la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance, soutenir la libre circulation des travailleurs et la dimension sociale des politiques économiques, s’engager sur la taxation sur le lieu de production, ré-ouvrir la directive détachement des travailleurs, plaider « à travail égal, droits égaux », prôner des ressources propres, vouloir organiser l’immigration légale ou juger inutile tout mécanisme de règlements des différends.

Certes, tout cela vient en écho à nos propositions parce que nous avons été unis dans les demandes, responsables et, au terme de notre stratégie, influents. Toutefois, l’audition de Monsieur Juncker nous a confirmé la différence entre la gauche et la droite de l’Hémicycle. Pour l’instant, nous ne sommes pas convaincus qu’il tiendra suffisamment compte de nos propositions pour répondre au désarroi et à la défiance de ceux qui souffrent des politiques d’austérité. Nous voulons qu’il s’engage plus loin avant de pouvoir compter sur nos voix.

Quelles sont les mesures que nous voulons voir mises en œuvre le plus rapidement possible ?

Les besoins en investissement pour la croissance et l’emploi en Europe se chiffrent à 200 milliards d’euros par an. C’est pourquoi nous militons depuis longtemps pour un assouplissement des règles du Pacte de stabilité : Monsieur Juncker s’est déclaré favorable à un « Pacte de stabilité avec flexibilité ». Il doit utiliser pleinement les conclusions du Conseil européen comme point d’appui. Il faut ouvrir le débat sur les dépenses à exclure du calcul des déficits : contributions nationales au budget européen ? Dépenses en matière de défense ? Investissements dans le numérique ? Dans les infrastructures ? Nous voulons des engagements lisibles.

Le budget européen, voté en 2013, n’est pas à la hauteur. Le Parlement avait alors conditionné son vote à une révision budgétaire : le candidat-président ne s’est pas montré défavorable à notre proposition, mais n’a pas, pour l’instant, pris d’engagement suffisant en termes de calendrier ou de contenu. A nos yeux, le budget européen doit enfin devenir un outil de stabilisation macro-économique au sein de l’Union, mobilisant tous les moyens, comme les garanties de projets ou la BEI.

Le chômage, qui touche 5 millions de jeunes, est pour nous un sujet majeur. Monsieur Juncker refuse, pour l’instant, de porter la dotation de la garantie jeunesse à 21 milliards d’euros, au motif que les 6 milliards déjà alloués ne seraient pas encore consommés. Mais nous savons que cette somme est insuffisante et nous maintenons que cette mesure doit s’appliquer aux jeunes jusqu’à 30 ans.

Sur la convergence fiscale et sociale, qui nous permettra de mettre fin à la concurrence déloyale intra-européenne, sur l’immigration, sur le juste échange pour lutter contre la concurrence déloyale extra-européenne, là aussi nous souhaitons plus de volontarisme.

Bref, pour nous, même s’il est un candidat pro-européen, il ne nous est pas possible, aujourd’hui, de voter en faveur de Monsieur Juncker.

Parce que nous avons fait ce choix de responsabilité, parce que nous devons peser et négocier pour obtenir plus de garanties et de réelles avancées pour sortir l’Europe et ses citoyens de la crise qu’ils traversent : unis, nous choisissons de nous abstenir, de peser sur le rapport de force et de rester en pointe d’un combat où l’exigence et la vigilance seront de tous les instants. Où chacune de nos voix sera âprement négociée, notamment quand nous aurons à juger de la volonté et de la capacité de chacun des commissaires et du futur collège dans son ensemble. Où nous placerons le président de la Commission et le collège des commissaires sous surveillance renforcée. Où nous démultiplierons tout notre potentiel et utiliserons les leviers dont nous disposons pour réorienter l’Union vers plus de prospérité, de justice, de solidarité. Pour que l’Europe cesse enfin d’être le problème pour les Français et les Européens et redevienne la solution aux yeux des citoyens.