Archives de catégorie : Editos / Communiqués

Conférence de presse sur le Jugendamt

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans différentes publications les problèmes liés au Jugendamt (service de la jeunesse en Allemagne), que j’avais découverts lors de mon passage en commission des Pétitions sur tout la première moitié du mandat (plusieurs centaines d’affaires). En résumé, dans les cas de séparation entre un parent allemand et l’autre non-allemand, c’est toujours le premier qui finit par l’emporter pour la garde de l’enfant – et ce parfois même au mépris de décisions de justice –  grâce à l’appui du Jugendamt qui joue quasiment un rôle de « troisième parent ».

Sous notre impulsion, la commission PETI avait émis des recommandations, qui sont hélas restées à ce stade pour la plupart sans suite (l’UE n’ayant pas beaucoup de prérogatives en matière de droit de la famille, et la volonté de demander des comptes à l’Allemagne sur ce point étant assez peu partagée). Mais cela n’a pas empêché ma collègue Virginie Rozière de prendre le sujet à bras le corps  dès notre passage de relai, d’où cette » conférence de presse pour à la fois remettre un coup de projecteur sur ces situations familiales absolument dramatiques pour des parents privés de leurs enfants, et envisager ensemble de nouvelles actions (une résolution du Parlement européen?) pour faire monter la pression auprès de l’Allemagne tout comme dans nos propres chancelleries.

Ci-dessous un article des Dernières Nouvelles d’Alsace et un compte-rendu de la réunion par Alain Joly, de l’association Enfants Otages.

 

https://www.dna.fr/societe/2018/05/31/les-enfants-voles-drame-franco-allemand

https://blogs.mediapart.fr/gutcho/blog/050618/conference-de-presse-sur-le-jugendamt-et-le-systeme-familial-allemand

 

 

 

Refusons le moins-disant social dans le secteur routier !

En mai dernier, nous avons apporté notre soutien plein et entier à la révision de la directive sur les travailleurs détachés afin de s’assurer que les mêmes conditions de travail et salariales s’appliquent à l’ensemble des travailleurs européens. Une révision défendue également par la fédération ETF dont font partie les syndicats de chauffeurs routiers des  pays de l’Est de l’Europe.

Pourtant, le 4 juin dernier, la commission des transports est revenue sur l’ensemble de ces avancées en adoptant une position qui accentue la précarité des conditions de travail dans le secteur routier.

Sous l’impulsion des députés conservateurs et libéraux, les parlementaires siégeant dans cette commission ont majoritairement décidé d’écarter l’application de ces nouvelles règles protectrices au secteur routier : ainsi, par exemple, en cas d’opération de transport international à destination de la France, un chauffeur routier d’un autre État membre ne pourrait bénéficier du versement du salaire minimum français.

De surcroît, s’il devait être confirmé cette semaine, le texte adopté en commission transport affaiblirait considérablement les garanties et protections sociales des travailleurs du secteur routier : le repos hebdomadaire des chauffeurs routiers dans les cabines de leurs véhicules serait ainsi rendu possible, inversant ainsi l’un des rares arrêts sociaux récemment adopté par la Cour de Justice de l’Union européenne…

Nous ne nous résignons pas à ce que cette position soit celle portée par le Parlement européen dans les négociations qui s’engageront prochainement avec les Etats membres.

Nous continuerons à nous battre pour mettre un coup d’arrêt à la concurrence déloyale sévissant entre salariés européens sur la base de leur nationalité : c’est pourquoi nous nous opposerons au mandat de négociation soumis au vote jeudi à Strasbourg.

 

 

Monsieur le président, l’équilibre vie professionnelle – vie privée est un investissement, pas un coût !

Monsieur le président, l’équilibre vie professionnelle – vie privée est un investissement, pas un coût !

 

Des parents rassurés, des travailleurs plus efficaces, des enfants et des personnes dépendantes apaisés par le soutien de leurs proches, moins de précarité…

C’est autant de crises familiales et de burnout évités et ce sont exactement les avantages dont les citoyens européens pourraient bénéficier si la discussion concernant la directive équilibre vie professionnelle-vie privée n’était pas paralysée actuellement au Conseil de l’Union européenne. À l’occasion de la visite du Président français Emmanuel Macron à Strasbourg, les députés socialistes & démocrates se sont mobilisés afin d’interpeller ce chef d’État qui, malgré un engagement pro-européen revendiqué, mêle actuellement la voix de la France à celles des dirigeants conservateurs : « en s’opposant à ce projet, le Président de la République bloque son adoption dont la réalisation est pourtant indispensable afin de donner corps au désir d’Europe sociale » constate le député européen Guillaume Balas..

Or comme le souligne le député Edouard Martin, cette directive est d’autant plus importante qu’elle permettrait également de matérialiser concrètement l’objectif d’égalité femmes-hommes que l’Union européenne s’est engagée à respecter : « Refuser de légiférer pour une meilleure conciliation des vies personnelle et professionnelle revient à encourager la perpétuation des stéréotypes genrés où les femmes seraient confinées à un rôle strictement maternel et où les hommes seraient contraints à voir leur virilité jugée à hauteur de leur contribution économique au foyer ».

Le message est clair : les ambitions, qu’elles soient familiales ou professionnelles, ne devraient pas avoir de sexe, c’est pourquoi le bien-être des citoyens européens ne devrait pas faire l’objet d’un simple calcul budgétaire faisant primer la logique du coût au détriment des bénéfices sociaux certains à long terme.

Je dénonce l’acharnement judiciaire de GEMALTO pour maintenir son PSE à courte vue

Je continue de suivre attentivement la situation sociale chez GEMALTO. Le 22 mars dernier l’Intersyndicale avait gagné son procès en référé contre le PSE de GEMALTO (262 suppressions de postes), qui a décidé de faire appel et de former un pourvoi en cassation (deux procédures distinctes, sur le trouble à l’ordre public et l’information du CCE).

À ma connaissance ce pourvoi en cassation est quelque chose d’assez inédit en matière sociale; c’est du jamais vu!! Il s’agit d’une stratégie très agressive. Je regrette cette attitude de mépris du dialogue social qui doit reposer sur le respect et la bonne information des représentants des salariés; une telle conception autoritaire des rapports sociaux est hélas propre à mettre en danger les savoir-faire stratégiques.

Alors même que ce fleuron national de la cybersécurité est l’objet d’une OPA de la part de THALES, laquelle occasionnera vraisemblablement une réorganisation interne, sa direction s’entête dans ce PSE pourtant déjà critiqué par la DIRECCTE en plusieurs points et qui ne prend pas en compte le rapprochement avec THALES du point de vue du maintien des compétences. Je dénonce cet acharnement et répète le message que j’avais adressé aux directions de GEMALTO et THALES: l’enjeu est bien le maintien de nos savoir-faire et des compétences humaines, dans le contexte d’une sensibilité accrue aux risques de sécurité numérique,  et d’un renforcement concomitant de nos règles européennes.

L’égalité femmes-hommes n’est pas un thème de seconde zone

Invité au séminaire de presse du 7 mars 2018 portant sur le thème des droits des femmes dans les médias, l’audiovisuel et le numérique, j’ai pu débattre aux côtés d’Agnieszka Kozłowska-Rajewicz, députée polonaise PPE, sur la manière de combattre les discriminations genrées.

Si je salue les commentaires de ma collègue concernant la nécessité d’inclure les hommes dans les discussions relatives à l’égalité femmes-hommes ainsi que sur l’importance pour tous les États membres de ratifier la convention d’Istanbul, j’ai tenu à souligner les fractures existantes entre forces politiques progressistes et forces politiques conservatrices au sein même du Parlement européen à ce sujet. En effet, j’ai notamment interpellé Agnieszka Kozłowska-Rajewicz sur le fait qu’il était nécessaire de faire respecter l’ensemble de la convention d’Istanbul, y compris le droit des femmes à disposer librement de leur corps et donc de recourir à l’avortement si elles le souhaitent, principe qui n’est toujours pas soutenu par le PPE à l’heure actuelle. Or, en se comportant ainsi au niveau européen, les partis conservateurs donnent un feu vert aux États membres pour agir de la même manière et ne pas ratifier les textes dédiés à cette lutte contre les discriminations genrées. Je regrette aussi le manque d’implication de la Commission sur ces thématiques et la hiérarchisation qu’elle pratique en privilégiant perpétuellement les thèmes économiques aux thèmes sociaux : alors qu’elle se montre intransigeante concernant la gestion des dettes des États membres, comme nous l’a prouvé l’exemple grec, il y a un manque de fermeté évident lorsqu’il s’agit de sanctionner les États qui ne respectent pas les principes d’égalité entre femmes et hommes. Qu’a-t-elle dit, par exemple, à la Bulgarie et à la Slovaquie qui ont annoncé leur intention de ne pas ratifier la convention d’Istanbul ?

Cependant, les pays de l’Est de l’Europe ne sont pas les seuls à ne pas appliquer les textes favorisant l’égalité femmes-hommes. Aujourd’hui encore, au sein de l’Union européenne et à travail égal, il y a un écart de rémunération de 17% en moyenne entre les femmes et les hommes et ce déséquilibre atteint 40% au moment de la retraite. Lorsque l’on signale cette absurdité aux responsables politiques, leur réponse est simple : qui va payer pour mettre en place les mécanismes concrets permettant d’atteindre l’égalité entre femmes et hommes ? Cette question en appelle à une autre toute aussi fondamentale pour moi : voulons-nous aujourd’hui véritablement défendre une Europe des droits ou voulons-nous absolument mettre un prix sur chaque valeur que nous défendons ? Mettre un prix sur la question du traitement de l’égalité entre les femmes et les hommes fait perdre à l’Europe son essence même et limite les initiatives entreprises « au plus petit dénominateur commun ». Cela perpétue les discriminations à l’encontre des femmes dans tous les domaines mais surtout un manque d’ambition.

Enfin, si Agnieszka Kozłowska-Rajewicz a évoqué, à juste titre, le problème du harcèlement sexuel, il semble difficile voire hypocrite, de reprocher aux États membres leur manque de mobilisation pour protéger les personnes harcelées quand le Parlement européen ne le fait pas lui-même. Là encore, il est regrettable que le PPE fasse barrage aux mesures présentes dans la résolution votée le 26 octobre dernier et particulièrement au recours à un audit externe. Pourtant, faire appel à des experts indépendants assurerait une meilleure protection et prise en charge des victimes tout en permettant au Parlement de garantir une transparence totale dans la gestion interne de ses propres cas de harcèlement, transparence indispensable pour une institution qui, de par son rôle de représentation des citoyen.ne.s européen.ne.s, se doit d’être exemplaire.