Archives de catégorie : Editos / Communiqués

Monsieur le président, l’équilibre vie professionnelle – vie privée est un investissement, pas un coût !

Monsieur le président, l’équilibre vie professionnelle – vie privée est un investissement, pas un coût !

 

Des parents rassurés, des travailleurs plus efficaces, des enfants et des personnes dépendantes apaisés par le soutien de leurs proches, moins de précarité…

C’est autant de crises familiales et de burnout évités et ce sont exactement les avantages dont les citoyens européens pourraient bénéficier si la discussion concernant la directive équilibre vie professionnelle-vie privée n’était pas paralysée actuellement au Conseil de l’Union européenne. À l’occasion de la visite du Président français Emmanuel Macron à Strasbourg, les députés socialistes & démocrates se sont mobilisés afin d’interpeller ce chef d’État qui, malgré un engagement pro-européen revendiqué, mêle actuellement la voix de la France à celles des dirigeants conservateurs : « en s’opposant à ce projet, le Président de la République bloque son adoption dont la réalisation est pourtant indispensable afin de donner corps au désir d’Europe sociale » constate le député européen Guillaume Balas..

Or comme le souligne le député Edouard Martin, cette directive est d’autant plus importante qu’elle permettrait également de matérialiser concrètement l’objectif d’égalité femmes-hommes que l’Union européenne s’est engagée à respecter : « Refuser de légiférer pour une meilleure conciliation des vies personnelle et professionnelle revient à encourager la perpétuation des stéréotypes genrés où les femmes seraient confinées à un rôle strictement maternel et où les hommes seraient contraints à voir leur virilité jugée à hauteur de leur contribution économique au foyer ».

Le message est clair : les ambitions, qu’elles soient familiales ou professionnelles, ne devraient pas avoir de sexe, c’est pourquoi le bien-être des citoyens européens ne devrait pas faire l’objet d’un simple calcul budgétaire faisant primer la logique du coût au détriment des bénéfices sociaux certains à long terme.

Je dénonce l’acharnement judiciaire de GEMALTO pour maintenir son PSE à courte vue

Je continue de suivre attentivement la situation sociale chez GEMALTO. Le 22 mars dernier l’Intersyndicale avait gagné son procès en référé contre le PSE de GEMALTO (262 suppressions de postes), qui a décidé de faire appel et de former un pourvoi en cassation (deux procédures distinctes, sur le trouble à l’ordre public et l’information du CCE).

À ma connaissance ce pourvoi en cassation est quelque chose d’assez inédit en matière sociale; c’est du jamais vu!! Il s’agit d’une stratégie très agressive. Je regrette cette attitude de mépris du dialogue social qui doit reposer sur le respect et la bonne information des représentants des salariés; une telle conception autoritaire des rapports sociaux est hélas propre à mettre en danger les savoir-faire stratégiques.

Alors même que ce fleuron national de la cybersécurité est l’objet d’une OPA de la part de THALES, laquelle occasionnera vraisemblablement une réorganisation interne, sa direction s’entête dans ce PSE pourtant déjà critiqué par la DIRECCTE en plusieurs points et qui ne prend pas en compte le rapprochement avec THALES du point de vue du maintien des compétences. Je dénonce cet acharnement et répète le message que j’avais adressé aux directions de GEMALTO et THALES: l’enjeu est bien le maintien de nos savoir-faire et des compétences humaines, dans le contexte d’une sensibilité accrue aux risques de sécurité numérique,  et d’un renforcement concomitant de nos règles européennes.

L’égalité femmes-hommes n’est pas un thème de seconde zone

Invité au séminaire de presse du 7 mars 2018 portant sur le thème des droits des femmes dans les médias, l’audiovisuel et le numérique, j’ai pu débattre aux côtés d’Agnieszka Kozłowska-Rajewicz, députée polonaise PPE, sur la manière de combattre les discriminations genrées.

Si je salue les commentaires de ma collègue concernant la nécessité d’inclure les hommes dans les discussions relatives à l’égalité femmes-hommes ainsi que sur l’importance pour tous les États membres de ratifier la convention d’Istanbul, j’ai tenu à souligner les fractures existantes entre forces politiques progressistes et forces politiques conservatrices au sein même du Parlement européen à ce sujet. En effet, j’ai notamment interpellé Agnieszka Kozłowska-Rajewicz sur le fait qu’il était nécessaire de faire respecter l’ensemble de la convention d’Istanbul, y compris le droit des femmes à disposer librement de leur corps et donc de recourir à l’avortement si elles le souhaitent, principe qui n’est toujours pas soutenu par le PPE à l’heure actuelle. Or, en se comportant ainsi au niveau européen, les partis conservateurs donnent un feu vert aux États membres pour agir de la même manière et ne pas ratifier les textes dédiés à cette lutte contre les discriminations genrées. Je regrette aussi le manque d’implication de la Commission sur ces thématiques et la hiérarchisation qu’elle pratique en privilégiant perpétuellement les thèmes économiques aux thèmes sociaux : alors qu’elle se montre intransigeante concernant la gestion des dettes des États membres, comme nous l’a prouvé l’exemple grec, il y a un manque de fermeté évident lorsqu’il s’agit de sanctionner les États qui ne respectent pas les principes d’égalité entre femmes et hommes. Qu’a-t-elle dit, par exemple, à la Bulgarie et à la Slovaquie qui ont annoncé leur intention de ne pas ratifier la convention d’Istanbul ?

Cependant, les pays de l’Est de l’Europe ne sont pas les seuls à ne pas appliquer les textes favorisant l’égalité femmes-hommes. Aujourd’hui encore, au sein de l’Union européenne et à travail égal, il y a un écart de rémunération de 17% en moyenne entre les femmes et les hommes et ce déséquilibre atteint 40% au moment de la retraite. Lorsque l’on signale cette absurdité aux responsables politiques, leur réponse est simple : qui va payer pour mettre en place les mécanismes concrets permettant d’atteindre l’égalité entre femmes et hommes ? Cette question en appelle à une autre toute aussi fondamentale pour moi : voulons-nous aujourd’hui véritablement défendre une Europe des droits ou voulons-nous absolument mettre un prix sur chaque valeur que nous défendons ? Mettre un prix sur la question du traitement de l’égalité entre les femmes et les hommes fait perdre à l’Europe son essence même et limite les initiatives entreprises « au plus petit dénominateur commun ». Cela perpétue les discriminations à l’encontre des femmes dans tous les domaines mais surtout un manque d’ambition.

Enfin, si Agnieszka Kozłowska-Rajewicz a évoqué, à juste titre, le problème du harcèlement sexuel, il semble difficile voire hypocrite, de reprocher aux États membres leur manque de mobilisation pour protéger les personnes harcelées quand le Parlement européen ne le fait pas lui-même. Là encore, il est regrettable que le PPE fasse barrage aux mesures présentes dans la résolution votée le 26 octobre dernier et particulièrement au recours à un audit externe. Pourtant, faire appel à des experts indépendants assurerait une meilleure protection et prise en charge des victimes tout en permettant au Parlement de garantir une transparence totale dans la gestion interne de ses propres cas de harcèlement, transparence indispensable pour une institution qui, de par son rôle de représentation des citoyen.ne.s européen.ne.s, se doit d’être exemplaire.

 

Avenir financier de l’Union : l’heure de vérité

Avec d’un côté des missions qui n’ont jamais été aussi nombreuses et coûteuses, et de l’autre un budget contraint à 1% de sa richesse totale, c’est une Union européenne paradoxale qui s’apprête à construire son « Cadre financier pluriannuel » pour l’après 2020.

Dans ce débat crucial pour l’avenir de l’Union, le Parlement a adopté aujourd’hui deux rapports conjoints fixant son mandat de négociation avec le Conseil.

Le rapport Thomas/Olbrycht (458 voix contre 177), défend la cohérence du projet européen pour le prochain CFP. Il soutient l’investissement et la recherche, la prise en charge des réfugiés, la solidarité régionale, la lutte contre le chômage des jeunes ou l’accompagnement de la transition climatique, il appelle au maintien des piliers que sont la cohésion et la PAC, couplé à des objectifs ambitieux pour le développement durable, et au renforcement des programmes phares comme Erasmus+ et la recherche.

L’addition est arithmétique, le budget européen doit être porté à 1,3% du PIB. Ce rapport affirme le refus des parlementaires de voir sacrifier des programmes prioritaires au gré des urgences. Il indique clairement qu’il ne peut y avoir de nouvelle priorité sans nouveaux moyens correspondants. L’Europe de la sécurité ne peut se faire au détriment de celle des solidarités.

Le rapport Deprez/Lewandowski (442 voix contre 166) s’attaque aux causes fondamentales de la pénurie budgétaire européenne : les contributions nationales constituent 70% du financement de l’Union. Pour en finir avec ce cercle vicieux aggravé par la perspective d’une perte de 12 à 14 milliards d’euros consécutive au Brexit, il exhorte de revenir à l’esprit originel de l’Union en rééquilibrant son financement par de nouvelles ressources propres. Le rapport propose entre autres des recettes basées sur la fiscalité harmonisée des multinationales, la taxe sur les transactions financières, ou l’ajustement carbone aux frontières européennes.

Sur le CFP, le Parlement européen a le dernier mot, consentement ou veto. Par le vote de ces deux rapports indissociables, il envoie un signal retentissant au Conseil. Il n’y aura pas de consentement sans garantie de nouvelles ressources propres pour l’Union. Les manœuvres de dernière minute des libéraux de Verhofstadt n’y ont rien changé. Au moins ont-ils révélé leur vraie nature, celle de faux Européens, virtuoses des grands discours mais qui se défilent au moment de passer à la caisse.

Le 2 mai, la Commission présentera sa proposition. Le Parlement demande au Conseil d’ouvrir les négociations dès à présent. Les urnes italiennes témoignent que la défiance envers l’Europe atteint des sommets. Un budget européen plus faible encore pour l’après 2020 viendrait grever les moyens d’actions de l’Union et décevoir une fois de plus les Européens. Avec fermeté et détermination, le Parlement jouera son rôle de représentant des peuples dans les discussions.

 

Isabelle Thomas

Députée européenne, vice-présidente des Socialistes et Démocrates

Co-rapporteure sur le prochain Cadre financier pluriannuel

 

Contact presse : Matthieu Groseil, 0788679154

 

Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.

L’année 2018 est une année charnière pour l’avenir européen. Les débats font rage, listes transnationales ou pas (le PE s’est prononcé contre), la dynamique nécessaire pour relancer l’Europe et surtout le futur budget pour les 7 années à venir.

Certains, Macron en tête, veulent tronquer le débat public arguant que les futures élections européennes seront la clarification nécessaire entre pro-européens et anti-européens. À les entendre ils seraient les seuls à avoir une vision pour l’Europe. Et en même temps certains parlementaires européens se débattent contre l’hypocrisie chronique des États et contre ceux-là même qui disent être la solution européenne. Avoir une vision c’est bien, se donner les moyens de son application c’est mieux. Pour relever les enjeux majeurs auxquels est confrontée l’Europe il faudra répondre aux nombreux besoins des citoyens et des territoires. Les investissements stratégiques, les politiques sociales, le soutien à l’emploi, soutenir le secteur agricole, l’industrie, la formation, le numérique, etc,…  méritent de revoir le budget européen à la hausse. Ce budget figé depuis toujours représente… 1% du Pib quand aux USA il est de 30 fois supérieur. Avec ce montant l’Europe devrait financer l’ensemble des demandes des États alors que ce sont ces derniers qui refusent catégoriquement de l’augmenter.

Et bien c’est de cette vision qu’il faudra débattre. Est-ce être pro-européen de bloquer toute augmentation du budget communautaire? De prôner indirectement les coupes budgétaires dans les États membres ? De défendre l’idée libérale de réduire les droits des travailleurs ? D’exacerber la concurrence déloyale? C’est cela aimer l’Europe ?

Assurément ces soit disant pro-européens font une belle déclaration d’amour au monde des puissants. Or, ils oublient l’essentiel, les citoyens, ils sont plus de 500 millions. Ils n’attendent pas, ou plus, de déclarations mais des preuves. Mais ça, ce n’est pas gagné.

Je vous souhaite une belle et rebelle année 2018, vous le méritez.