Archives de catégorie : Commission Droits de la Femme et Egalité des Genres (FEMM)

L’accès à des droits sexuels et reproductifs pour les femmes, un droit souvent bien fragile, y compris en Europe!

À l’occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement le 28 septembre (précisons d’emblée qu’il s’agit d’une initiative plutôt nationale et française de l’ancienne ministre à la Santé Marisol Touraine mais suivie par d’autres États membres), des rassemblements ont été organisés à Paris et dans 25 villes françaises, mais aussi dans d’autres capitales dont Bruxelles à laquelle j’ai participé sous le slogan «les femmes décident».

Le droit à l’avortement est accessible à seulement 39.5% des femmes au monde et 25.5 millions d’IVG pratiqués dans le monde sont non sécurisées et conduirait à plus de 47 000 décès de femmes par an.

Ces chiffres sont évidemment inacceptables. Et ce sentiment de malaise que nous ressentons est renforcé par le fait qu’en Europe, on ne compte plus le nombre de pays qui réduisent comme peau de chagrin le droit d’accès à l’avortement: en Pologne, en Irlande, à Malte, il est juridiquement interdit ou limité et lorsqu’il est autorisé par la loi, l’accès à ce droit est en pratique de plus en plus impossible, c’est le cas de l’Italie avec la multiplication des objecteurs de conscience.

Par ailleurs, depuis l’ignoble décision du Président Trump de cesser de financer des organisations qui feraient selon lui « l’apologie de l’avortement », ce droit qui doit être universel est de plus en plus menacé.

Puisque le Président de la République française a fait de la défense des droits des femmes « une cause nationale » , nous attendons, au-delà des paroles symboliques un soutien financier aux organisations françaises, européennes et internationales, qui par leurs actions, continuent de protéger les femmes, toutes les femmes.

Pour signer l’appel, c’est ici:

http://mailchi.mp/pm/la-lettre-du-haut-conseil-legalit-entre-les-femmes-et-les-hommes-780193?e=e7c68b2701

A priori, en Europe, les femmes valent toujours moins que les hommes…

L’émancipation économique des femmes est un droit fondamental, tout travail égal mérite salaire égal.

À ceux qui n’auraient pas à cœur cette exigence démocratique, nous pouvons donner un nouvel argument, plus macroéconomique : l’autonomisation économique des femmes amplifie et dynamise la croissance économique européenne.

 

L’enlèvement d’Europe, Mosaïque du IIème siècle après JC, Musée de l’Arles antique, France.

 

Or, davantage sujettes au travail précaire, au retard de promotions, aux discriminations sexuelles et faute de politiques incitatives étatiques ou mesures entrepreneuriales de juste conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle (manque crucial en Europe de places en crèches), les femmes sont forcées de délaisser le marché de l’emploi.

Leur taux de participation sur le marché du travail est inférieur à 12% à celui des hommes, ce qui évidemment met en danger leur indépendance économique.

Lors du vote du rapport de ma collègue socialistes et démocrate suédoise Anna Hendt, nous avons obtenu de belles victoires.
La transparence dans les fiches de salaires sera exigée afin de lutter contre les discriminations sexuelles au travail.
Souvent, les femmes qui s’estimaient victimes d’une différence salariale avaient beaucoup de difficultés à prouver cette différence de traitements sans droit à l’information. C’était sa parole contre la parole de l’entreprise, détentrice des informations.

Des mesures concrètes de conciliation de la vie personnelle et professionnelle devront être prises, nous demandons un vrai congé paternité en Europe (10 États membres n’en ont toujours pas), un congé parental pris autant par les hommes que par les femmes et un congé maternité protecteur de la même manière partout en Europe.

 

Nous ne devons pêcher par ignorance ou négligence. Les hommes européens qui sont tout à fait en faveur de l’égalité entre hommes et femmes ne doivent pas se désintéresser du sort général des femmes. J’en appelle à mes collègues masculins et leur demande de cesser de considérer que la différence de traitement entre hommes et femmes est un problème de femmes.

J’aimerais nous y voir nous travailleurs, si nous étions par exemple moins payés en moyenne que les femmes; les organisations syndicales seraient vent debout et nous serions tous dans la rue… soutenus par les femmes !

Lettre à l’ONU : journée internationale du droit des femmes

Une jeune association bruxelloise investie dans l’éducation permanente, qui a pour but de sensibiliser les jeunes à la citoyenneté et à leurs droits individuels pour qu’ils construisent une société plus tolérante (je vous invite à consulter leur site www.step-asbl.be pour plus d’informations) m’a contacté pour me faire part d’un de leurs projets consacré aux droits des femmes.

Dans ce cadre, ils ont remarqué à juste titre que l’ONU qualifie la journée du 8 mars de « Journée Internationale des Femmes ».

Il est important de souligner que ce n’est pas une « journée des femmes » mais une journée qui rappelle que les droits des femmes continuent à être bafoués partout dans le monde, et qu’il faut continuer à se battre pour leur respect.

Le nom de cette journée a donc toute son importance, et il leur a semblé nécessaire d’interpeller l’ONU à travers une lettre afin qu’elle soit correctement qualifiée de « Journée Internationale pour les DROITS des femmes ».

Le 8 mars n’est pas une journée de célébration, mais une journée qui doit nous faire comprendre qu’en matière de droit des femmes, à chaque fois que nous cessons d’avancer, nous reculons. C’est la raison pour laquelle j’ai soutenu cette démarche en acceptant de signer cette lettre adressée à l’ONU !

Conférence au Parlement européen : « Renforcer les droits des femmes : agissons ensemble ! »

Le 8 mars marque la Journée Internationale du droit des femmes. Lors de la session plénière du mois de Mars à Strasbourg, le Parlement européen a souhaité célébrer cette journée, avec quelques jours de décalage. Le bureau d’information du Parlement européen à Strasbourg a en effet organisé, en partenariat avec la chaîne de télévision ARTE, une conférence sur le renforcement des droits des femmes en mettant principalement l’accent sur les spécificités des régions frontalières d’Alsace et du Bad-Württemberg.

International Women’s Day 2017 – ‘ Women’s empowerment: let’s act together! ‘
Panel 2 : the integration of female migrants into the labour market

Aux côtés de six de mes collègues députés européens, j’ai eu le plaisir de co-organiser et participer à cette conférence. Mon intervention s’est axée sur les différentes violences faites aux femmes: « les mots, les habitudes, restrictions: toboggan vers les violences faites aux femmes ».

Hélas, nous connaissons les violences physiques qui sont les plus visibles mais d’autres violences plus insidieuses, plus cachées que j’ai appelé les « violences symboliques » se rencontrent tout au long de la vie des femmes. Et à ce jeu-là, aucune discrimination, il s’agit de toutes les femmes.

Aujourd’hui entre 40 et 50% des femmes en Europe déclarent avoir déjà été victimes d’une violence ou de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail.

Une femme sur deux en Europe se retrouvent donc confrontée à un geste ou une parole à connotation sexuelle dans son environnement professionnel.

Un sondage commandité par la Commission européenne et publié le 25 novembre 2016 révèle que 33% de femmes européennes ont déjà souffert de violences physiques ou symboliques.

Et il y a des mots et des habitudes qui viendraient banaliser cette violence physique ou symbolique!

Plus grave encore, 27% d’hommes européens considèrent que le viol pouvait être acceptable dans certaines conditions.

Ces chiffres sont révélateurs et inacceptables!

Il y a aussi des habitudes, prises par les femmes et par les hommes.

Les femmes sont le plus souvent confrontées à cette difficile conciliation entre vie familiale et professionnelle. Elles sont la plupart du temps moins payées que les hommes à travail égal (-18%), ce sont encore elles qui sont confrontées à des conditions de travail plus précaires.

Lors de cette intervention, j’ai également fait un point sur les restrictions auxquelles sont confrontées les femmes. L’occasion de rappeler la règle globale du bâillon, souhaitée par l’administration de Donald Trump aux États-Unis, qui implique la suppression des subventions aux ONG qui aident les femmes dans les régions pauvres du monde à avoir accès à des moyens de contraception voire des conditions de sécurité à l’avortement. C’est plus de 260 millions de femmes qui seront touchées et pénalisées par une telle mesure.

Même si des mesures sont prises aujourd’hui pour lutter contre ces violences vis à vis de femmes, en France ou en Europe, il faut aller plus loin. Il reste encore beaucoup de choses à faire.

Je vous propose de retrouver l’intégralité de mon intervention et de cette conférence en vidéo via le lien suivant : http://www.europarlstrasbourg.eu/fr/activites/2017/mars_2017/iwd-2017-conference-str/seminaire-journee-internationale-femmes.html

International Women’s Day 2017 – ‘ Women’s empowerment: let’s act together! ‘
Lunch-Debate about the current situation of women on the labour market with a special focus on the region

Les échanges entre les députés européens et les personnes présentes (des chefs d’entreprises, des représentantes de branches professionnelles, des responsables d’associations, des cadres de la fonction publique, mais également des particuliers) ont été particulièrement intéressants et enrichissants. Ils ont permis de partager des expériences et interrogations sur les inégalités concrètes que subissent les femmes sur le marché du travail. Et la conclusion de ces échanges pourrait tout à fait se résumer à cette phrase de Benoîte GROULT (Ainsi soit-elle, 1975) : « Il a fallu cent ans pour effacer les discriminations les plus criantes entre les hommes et les femmes, mais qu’attend-on pour abroger celles qui restent ? »

Il reste tant à faire…

L’ETERNEL RETOUR EN ARRIERE ? Nouvelle année, nouvelle commission parlementaire

« La femme a toujours été, sinon l’esclave de l’homme, du moins sa vassale ; les deux sexes ne se sont jamais partagé le monde à égalité ; et aujourd’hui encore, bien que sa condition soit en train d’évoluer, la femme est lourdement handicapée. En presque aucun pays, son statut légal n’est identique à celui de l’homme et souvent, il la désavantage considérablement » .

Simone De Beauvoir, Le deuxième sexe.

 

Tout d’abord, quelques précisions, ce texte ne se veut pas un manifeste pro-féministe (autant se prémunir, puisque le mot féminisme hérisse les poils de certains), il est le résultat de quelques réflexions et constats.

Le 17 janvier 1975 était promulguée la loi Veil dépénalisant l’avortement en France. Depuis 42 ans, l’interruption volontaire de grossesse est progressivement devenue un droit à part entière et son accès a peu à peu été amélioré. Les progrès se sont accélérés ces dernières années et je m’en félicite!

220 000 IVG sont pratiqués chaque année en France : c’est un événement assez courant de la vie sexuelle et reproductive des femmes, puisque plus d’1 femme sur 3 y a recours dans sa vie.

Après les grandes manifestations féminines des années 70, nous aurions pu penser que le statut des femmes ; devenues décideuses de leurs propres corps ; allait changer et pourtant il n’en est rien, la route de l’émancipation féminine réelle et concrète est plus tortueuse que prévue.

 

Connaissez-vous Sonia GIRZA ?

Cette Indienne de 21 ans, la meilleure joueuse que son pays ait jamais connue, a disputé l’Open d’Australie. Pourtant, les religieux se fichent complètement de son coup droit et la condamnent violemment pour ses tenues vestimentaires et ses déclarations sur l’amour.

Or, l’Inde c’est loin… Loin aussi le Pakistan où, sous la menace d’une fatwa, Nilafar BAKHTIAN a dû démissionner.

Motif ? Une accolade à un instructeur français, après un saut en parachute.

Maintenant, rapprochons-nous géographiquement, en Europe, où la menace est stupéfiante.

La Pologne catholique, par exemple, cherche régulièrement à durcir la législation sur l’avortement (législation déjà très restrictive) et une des dernières lubies du gouvernement est d’offrir 1000 euros à toutes femmes enceintes pour les dissuader d’avorter! Des subventions contre des bébés!

Les Maltaises, elles n’y ont déjà pas droit. Pis encore, l’avortement est passible d’une peine de prison allant de 18 mois à 3 ans!

En Espagne ou en Italie, la question de l’avortement reste délicate : manifestation pro life, harcèlement moral des femmes souhaitant avorter,  clause de conscience usée et répétée qui engendre un dépassement du délai légal d’avortement…

Le corps de la femme se transforme à nouveau en objet, sur laquelle s’exerce le fanatisme religieux ou l’ultra conservatisme, en un objet sur lequel exercer le pouvoir.

Aux USA, berceau de la modernité et exportateur de l’« American Way Of Life » a été élu un président qui souhaite restreindre l’accès à l’avortement. Parions qu’il souhaite également dans le secret des vestiaires de sport (rappelons-nous de l’élégant « Grab her by the pussy » littéralement « prendre par la chatte ») restreindre les droits des femmes tout courts!

Nous pourrions formuler une hypothèse : le progrès et le libéralisme à gogo obscurciraient donc les mœurs et les pensées, voilà le paradoxe : d’un côté de nouvelles innovations toujours plus modernes et de l’autre un éternel retour en arrière, dans les comportements et pensées.

Aujourd’hui, et cela est déplorable ; aucun traité Européen ne garantit le droit à l’avortement et cette question divise toujours en 2017 (!!) les États membres de l’Union européenne et les parlementaires européens.

Le religieux et le conservatisme sont bien de retour.

 

Raison de plus, pour nous féliciter, nous les femmes et les hommes de ce pays, de la protection unique au monde que nous apporte la laïcité.

L’Union européenne est fondée sur des valeurs communes.

Face aux nationalistes et à la droite dure qui portent un projet passéiste et réactionnaire, je souhaite l’ambition d’une Europe inclusive, protectrice et respectueuse des

droits fondamentaux. Cela passe en priorité par l’élémentaire respect des droits des femmes.

Les droits des femmes ne se négocient pas et ne sont pas qu’une histoire de « bonnes femmes ».

C’est donc avec un enthousiasme fort que je rejoins la Commission parlementaire Droits de la femme et égalité des genres.