Archives de catégorie : Au Parlement

Intervention d’Edouard Martin sur le paquet telecom : « on ne rouvre pas une négociation achevée » (28 Octobre 2015)

Monsieur le Président,

Nous nous apprêtons tout à l’heure à adopter un règlement fondamental à double titre: tout d’abord, la fin de l’itinérance. En juin 2017, après des années de plafonnement progressif, ce sera la fin des surcharges tarifaires pour ceux de nos concitoyens qui traversent les frontières, et je ne pense pas seulement à ceux qui ont la chance de voyager, mais aussi à ceux qui se déplacent par-delà les frontières pour raisons professionnelles. Je pense tout particulièrement aux travailleurs frontaliers, il s’agit là d’un aboutissement remarquable.

Deuxième élément fondamental, l’inscription des principes de neutralité du net dans notre corpus juridique européen. C’est pour moi une avancée considérable, et je voudrais ici répondre aux inquiétudes et aux critiques qui ont pu s’exprimer sur le résultat de la négociation entre le Parlement et le Conseil. Est-ce que ce texte consacre clairement un principe de traitement neutre et non discriminatoire du trafic internet? Oui, c’est le cas. Est-ce que ce texte ouvre des brèches évidentes qui permettraient de contrevenir au principe de neutralité de l’accès à internet? Je ne le pense pas, même si nous pouvons toujours pouvoir estimer écrire ex abstracto un texte plus clair. Mais est-ce que ce gain éventuel de clarté mérite que l’on prenne le risque de mettre à bas l’ensemble de nos acquis?

C’est sur cette question, et seulement sur cette question, que nos divergences s’exprimeront tout à l’heure. Pour ma part, je ne prendrai pas ce risque – car on ne rouvre pas une négociation achevée – tout en prévenant la Commission et les États membres que nous resterons vigilants à la fois sur la mise en œuvre de ce règlement et sur les prochains textes d’ores et déjà inscrits à l’ordre du jour.

Intervention d’Edouard Martin pour la défense du droit de grève (février 2015)

 

Madame la Présidente, chers collègues,

Permettez-moi d’exprimer mon inquiétude quant aux attaques lancées par la justice espagnole à l’encontre de plus de trois cents syndicalistes pour fait de grève. Certains sont même poursuivis et condamnés au pénal. Ce qui pose problème dans ce cas de figure est l’interprétation extrêmement restrictive du droit des travailleurs, et c’est encore plus vrai en temps de crise économique.

Nous voyons bien que sous la pression d’une partie du patronat, le droit de grève est mis à mal, et pas seulement en Espagne. Il existe un courant en Europe, de plus en plus fort, pour restreindre, voire interdire le droit de protestation et d’expression des travailleurs.

La démocratie sociale est mise à mal une fois de plus. Serait-ce un deal, à peine caché, des États pour attirer des investisseurs? Le droit des travailleurs constituerait-il un péril pour le grand marché? Pourtant, la charte européenne des droits fondamentaux, dans ses articles 12 et 28, fait référence au droit de grève et aux actions collectives. Le Parlement européen et l’Union européenne doivent donc réaffirmer avec force ces droits fondamentaux pour qu’ils soient respectés par tous les États membres. J’invite l’ensemble des parlementaires à soutenir l’initiative de la Confédération syndicale internationale pour faire du 18 février 2015 une journée de mobilisation internationale pour la défense du droit de grève des travailleurs. Le Parlement européen pourrait, par exemple, rédiger une déclaration dans ce sens.

 

Conflit Israëlo-Palestinien, la paix ne sera pas possible sans l’appui international.

En visite dans les territoires occupés, les 17 – 18 et 19 mars 2015 j’ai rencontré plusieurs acteurs qui ont témoigné de leur quotidien dans une ambiance plus que tendue.

Elle l’était d’autant plus qu’au lendemain des résultats électoraux, les israéliens avaient placé Benjamin Netanyahu premier des suffrages exprimés. Pour les palestiniens les dés sont jetés, Israël ne veut pas d’un Etat Palestinien. Cette inquiétude se fonde sur les déclarations du Premier Ministre qui, la veille du scrutin, déclarait : « Si je suis élu, il n’y aura pas d’Etat Palestinien. » Aux yeux des palestiniens, Benjamin Netanyahu enterrait publiquement et à la face du monde le processus de paix.

Ce qui faisait dire aux différents interlocuteurs que les palestiniens ne peuvent plus attendre le réveil de conscience du peuple israélien. L’appui international, et surtout celui de l’Europe, est indispensable. Ce peuple espère encore, il veut croire en une solution diplomatique mais le temps presse. Cela fait 70 ans qu’il attend des résultats, il n’attendra pas 70 ans de plus.

Les palestiniens veulent prendre leur destin en main, maintenant. Ne plus attendre. Ils n’en peuvent plus d’attendre qu’Israël cesse de piller leur ressources naturelles et financières (blocus des finances palestiniennes). De voir les colonies illégales se propager de jour en jour et gaspiller toujours un peu plus les territoires palestiniens. Ils n’en peuvent plus des check-point tenus par des soldats qui ne respectent rien ni personne et où la violence fait partie de leurs attributs. D’assister, impuissants, à la mort de patients dans les hôpitaux israéliens faute de moyens pour payer des soins.

Ils ne supportent plus les incursions des policiers israéliens en Cisjordanie (Ramallah) alors qu’ils n’ont aucun droit. Ils sont meurtris par les destructions à répétition de Gaza avec ses militaires de victimes dont beaucoup d’enfants. Ils pleurent de désespoir et de colère de voir Jérusalem Est vidé de ses habitants par la force et les expulsions agressives et non fondées. Le tout sur un discours très agressif de Benjamin Netanyahu qui parle de « stériliser les routes palestiniennes ».

L’Europe doit agir !

L’union européenne doit sortir des discours incantatoires et poser des actes. D’autant que l’ensemble des partenaires palestiniens rencontrés (des ONG aux autorités palestiniennes en passant par l’OLP) souhaite que l’U.E. joue un rôle important dans les négociations de paix.

Martin Schulz, François Hollande et Angela Merkel ont joué un rôle important en Ukraine, pourquoi ne pourraient-ils pas faire de même pour la Palestine ?

Le Parlement Européen pourrait, à travers une résolution, forcer la main à la Commission et au Conseil pour lancer une enquête sur le respect de l’Accord d’Association avec Israël, par exemple. C’est un moyen qui peut s’avérer efficace pour obliger Benjamin Netanyahu à rouvrir des négociations de paix lorsque l’on sait que l’U.E. est le premier partenaire commercial d’Israël. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique de la faire, un certain courage même, une soif de paix.

De l’avis de tous ces palestiniens rencontrés, Israël essaie de transformer ce conflit en conflit religieux alors qu’il n’en est rien. Si tel était le cas, Benjamin Netanyahu devra en assumer toute la responsabilité. L’Europe aussi ? A suivre…

Pérenniser les métaux de base, suffit pas d’en parler !

pérenniser

 

En novembre 2014, j’ai été nommé rapporteur pour travailler sur les conditions nécessaires à pérenniser et développer l’industrie de la production des métaux de base (acier, cuivre, zinc, aluminium, …). Avec mon équipe, nous avons fait le choix du terrain. Il n’était pas envisageable de rédiger un rapport depuis un bureau comme c’est trop souvent le cas.

Nous avons ciblé des pays et des entreprises qui font sens dans la compréhension d’un secteur industriel fortement concurrencé avec un risque fuite carbone trop élevé.

Au gré de nos visites (cf : photos), nous avons été confrontés aux mêmes reproches : l’Europe n’a pas de politique industrielle et ne la défend pas.

Les enjeux tels que le prix de l’énergie et le système d’échange de quotas CO2 ont été souvent décriés par les acteurs locaux.

La péréquation reste d’autant plus compliquée à résoudre que la société civile n’est plus prête à accepter sur leur territoire une industrie fortement polluante et ILVA en est la parfaite illustration. Malgré les 16.000 postes de travail (directs et indirects) dans l’usine de Tarente, une bonne partie de la population exige sa fermeture pour motifs (réels) de pollution.

C’est l’Etat italien qui a repris les mêmes pour répondre aux défaillances de l’actionnaire RIVA.

Face à cet enjeu environnemental qu’il nous faut relever, nous nous opposons aux lobbyistes de tous poils qui prônent une politique du « laisser-faire » en exigeant de l’U.E. des droits à polluer ad vitam aeternam pour faire face à la concurrence chinoise notamment. Il est vrai que l’Union Européenne n’impose pas les mêmes contraintes aux autres industriels basés hors Europe, d’où le risque de voir s’accentuer les délocalisations de productions de métaux (appelé fuite de carbone).

Pourtant il est possible de pérenniser ce secteur industriel à condition de faire les bons choix en dehors de toute pression partisane.

L’Union Européenne doit imposer ses normes sociales, fiscales et environnementales. Non pas dans l’idée de faire de l’Europe un bunker mais dans la volonté de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité.

Instaurer un ajustement CO² aux frontières de l’Europe pour empêcher une concurrence déloyale est une idée largement partagée par tous les acteurs locaux (entreprises, syndicats, élus, ONG). Permettre des contrats d’électricité long terme pour éviter une explosion des tarifs et aider les industriels à avoir de la visibilité est aussi une piste intéressante à creuser.

Le développement et l’organisation de l’économie circulaire à travers le tri et le collectage des ferrailles (matière première indispensable) doit être encouragé.

S’interroger sur les nouveaux modes de gouvernance d’entreprise à travers une participation publique est une idée qui a fait ses preuves (Allemagne et Italie).

Ces quelques pistes de réflexion feront partie de mon rapport d’initiative intitulé « développement durable de la production des métaux de base » et sera présenté aux autres partis politiques le 18 mai prochain.

Le débat ne fait que commencer et nous verrons bien à ce moment-là qui défend vraiment l’industrie européenne. Le temps est venu de peser des actes.