Archives de catégorie : Interventions en plénière

Intervention d’Edouard Martin : « La peine de mort est inhumaine, dégradante, barbare » – (8 Octobre 2015)

 

 

Monsieur le Président,

De manière quasi unanime, les parlementaires ici présents condamnent la peine de mort. La peine de mort est inhumaine, dégradante, barbare, nous ne le dirons jamais assez. De plus, contrairement à l’idée reçue, elle n’est pas dissuasive. Regardons le phénomène aux États-Unis, cela a été rappelé par plusieurs de mes collègues.
Pourtant, la liste des pays qui tuent encore est longue. Chez nous, en Europe, la vigilance doit être de rigueur face à des populistes qui verraient la peine de mort comme solution à tous les maux de la société. Ailleurs, nous avons tous en mémoire le visage d’Ali Al Nimr, ce jeune Saoudien de 21 ans, arrêté à Qatif, pour avoir pris part à une manifestation pour la démocratie.

Je voudrais, ici, non pas décrire l’horreur du châtiment – elle est indescriptible – mais, au contraire, saluer l’espoir d’Ali, de cette jeunesse, de cette belle et forte jeunesse qui se manifeste et se mobilise pour l’avènement d’une société plus juste.

En conclusion, puisque le représentant du Conseil est là, j’ai deux questions à lui poser. Le Conseil est-il prêt à se battre pour Ali, pour la démocratie, pour la vie, contre la barbarie? Le Conseil est-il prêt à s’imposer comme règle de négociation internationale le respect des droits de l’homme, le droit à la vie plutôt que la vente des armes?

Intervention d’Edouard Martin : le gaz de schiste induit des risques pour le climat, l’environnement et la santé (juin 2015)

 

Madame la Présidente,

La stratégie énergétique globale déclinée dans le rapport Saudargas va plutôt dans le bon sens. En effet, ce dernier reprend les objectifs du rapport Delvaux, qui prône trois orientations contraignantes: réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre, atteindre 30 % d’énergies renouvelables et obtenir 40 % de gain d’efficacité. Ces objectifs sont plus ambitieux que ceux retenus par le Conseil et on ne peut que s’en féliciter.

Néanmoins, quelques points posent problème, notamment l’exploitation du gaz de schiste et, plus largement, les combustibles fossiles non conventionnels. Il n’est pas suffisant de souligner – et seulement souligner – que l’extraction de ces combustibles n’est pas très propre. C’est pourquoi nous sommes nombreux à estimer que l’utilisation de la fracturation hydraulique – une technologie mal maîtrisée en Europe – induit des risques et des effets néfastes pour le climat, l’environnement et la santé publique.

Sur le plan économique, les retombées seront très en-deçà de celles attendues ou promises par certains experts. Les coûts d’exploitation sont beaucoup plus élevés qu’aux États-Unis et les stocks de gaz sont aussi moins importants. D’ailleurs, les entreprises pétrolières américaines elles-mêmes font machine arrière en arrêtant les forages en Pologne et en Hongrie. Même l’impact sur l’emploi est limité puisque les experts estiment que le nombre total des travailleurs dans ce secteur a connu une augmentation située entre 0,1 et 0,2 %.

Nous invitons donc les États membres à ne pas s’obstiner dans ce qui pourrait être une faute majeure à l’encontre de la planète et des jeunes générations. Il faut arrêter les activités d’exploration et d’extraction de combustibles non conventionnels. Nous avons les moyens, à condition de le vouloir, de soutenir les politiques énergétiques favorables à l’emploi et à la préservation de la planète.

Intervention d’Edouard Martin sur le paquet telecom : « on ne rouvre pas une négociation achevée » (28 Octobre 2015)

Monsieur le Président,

Nous nous apprêtons tout à l’heure à adopter un règlement fondamental à double titre: tout d’abord, la fin de l’itinérance. En juin 2017, après des années de plafonnement progressif, ce sera la fin des surcharges tarifaires pour ceux de nos concitoyens qui traversent les frontières, et je ne pense pas seulement à ceux qui ont la chance de voyager, mais aussi à ceux qui se déplacent par-delà les frontières pour raisons professionnelles. Je pense tout particulièrement aux travailleurs frontaliers, il s’agit là d’un aboutissement remarquable.

Deuxième élément fondamental, l’inscription des principes de neutralité du net dans notre corpus juridique européen. C’est pour moi une avancée considérable, et je voudrais ici répondre aux inquiétudes et aux critiques qui ont pu s’exprimer sur le résultat de la négociation entre le Parlement et le Conseil. Est-ce que ce texte consacre clairement un principe de traitement neutre et non discriminatoire du trafic internet? Oui, c’est le cas. Est-ce que ce texte ouvre des brèches évidentes qui permettraient de contrevenir au principe de neutralité de l’accès à internet? Je ne le pense pas, même si nous pouvons toujours pouvoir estimer écrire ex abstracto un texte plus clair. Mais est-ce que ce gain éventuel de clarté mérite que l’on prenne le risque de mettre à bas l’ensemble de nos acquis?

C’est sur cette question, et seulement sur cette question, que nos divergences s’exprimeront tout à l’heure. Pour ma part, je ne prendrai pas ce risque – car on ne rouvre pas une négociation achevée – tout en prévenant la Commission et les États membres que nous resterons vigilants à la fois sur la mise en œuvre de ce règlement et sur les prochains textes d’ores et déjà inscrits à l’ordre du jour.

Intervention d’Edouard Martin pour la défense du droit de grève (février 2015)

 

Madame la Présidente, chers collègues,

Permettez-moi d’exprimer mon inquiétude quant aux attaques lancées par la justice espagnole à l’encontre de plus de trois cents syndicalistes pour fait de grève. Certains sont même poursuivis et condamnés au pénal. Ce qui pose problème dans ce cas de figure est l’interprétation extrêmement restrictive du droit des travailleurs, et c’est encore plus vrai en temps de crise économique.

Nous voyons bien que sous la pression d’une partie du patronat, le droit de grève est mis à mal, et pas seulement en Espagne. Il existe un courant en Europe, de plus en plus fort, pour restreindre, voire interdire le droit de protestation et d’expression des travailleurs.

La démocratie sociale est mise à mal une fois de plus. Serait-ce un deal, à peine caché, des États pour attirer des investisseurs? Le droit des travailleurs constituerait-il un péril pour le grand marché? Pourtant, la charte européenne des droits fondamentaux, dans ses articles 12 et 28, fait référence au droit de grève et aux actions collectives. Le Parlement européen et l’Union européenne doivent donc réaffirmer avec force ces droits fondamentaux pour qu’ils soient respectés par tous les États membres. J’invite l’ensemble des parlementaires à soutenir l’initiative de la Confédération syndicale internationale pour faire du 18 février 2015 une journée de mobilisation internationale pour la défense du droit de grève des travailleurs. Le Parlement européen pourrait, par exemple, rédiger une déclaration dans ce sens.

 

Débat sur la situation de l’industrie sidérurgique en Europe (Strasbourg, 26/11/2014)

Monsieur le Président,

Madame la Commissaire Bienkowska,

Mes chers collègues,

Si nous voulons être justes et efficaces dans les mesures que nous prendrons en faveur d’un secteur sidérurgique européen performant, il faut que nous soyons au clair entre nous sur le diagnostic:

– Les sidérurgistes européens ont fermé plus de 42 ou 43 millions de tonnes de capacité depuis 2008, ce qui représente à raison de 10 salariés par million de tonne, 40 000 destructions d’emplois directs, et plus de 100 000 en comptant les emplois indirects et les sous-traitants impactés.

– Or nous ne sommes pas en situation de surcapacité: sur nos 170 millions de tonnes de capacité actuellement, nous ne sommes en excédent commercial que de 5 millions. En d’autres termes, si l’activité économique redémarre -il me semble que c’est un objectif que nous partageons-, alors nous deviendrons importateurs nets.

Il faut donc réagir, et vite. Car ce secteur qui est pourtant si structurant dans une majorité de pays européens, est plus que jamais en crise structurelle qui se manifeste par un sous-investissement chronique en matériels comme en formation des salariés.

C’est l’objet du rapport que j’aurai l’honneur de porter sur le « développement durable de l’industrie européenne des métaux de base » (acier, mais aussi cuivre, aluminium ou zinc).

Les producteurs européens doivent être sur un pied d’égalité avec leurs concurrents extra-européens, qui sont souvent soumis à des normes moins ambitieuses en matière sociale et environnementale. Mais pas question d’encourager un nivellement par le bas qui passerait par le détricotage de nos droits sociaux ou le reniement de nos objectifs sanitaires et climatiques. Faut-il le rappeler, nous n’avons qu’une santé et qu’une planète!

Nous devons au contraire initier un cercle vertueux. Et à ce stade, je ne vois que l’ajustement aux frontières comme moyen de remettre nos producteurs dans le jeu tout en incitant les autres à hausser leurs standards. Ce sera l’un des axes que je tâcherai de crédibiliser, en plus d’autres que je n’ai malheureusement pas le temps de développer ici.

Je me réjouis en tout cas que ce sujet recueille l’intérêt de mes collègues et de la Commission, et vous dis à très bientôt, car il y a urgence!