Archives de catégorie : Délégation pour les relations avec le Conseil législatif palestinien (DPLC)

Résolution du Parlement européen en soutien de la solution à deux États au Proche-Orient

Le Parlement a largement adopté lors de sa session de mai une résolution émanant d’un compromis entre la plupart des groupes politiques, se positionnant en faveur d’une solution de paix au Proche-Orient basée sur deux États. Il était important de réaffirmer cette ligne, dans un contexte où les doctrines de certaines parties éminentes autour de la table –au premier rang desquelles les États-Unis de Donald Trump- ont pu sembler changeantes ou confuses, et où la colonisation rend chaque jour les perspectives d’un États palestinien viable plus ténues.

C’est précisément sur ce dernier aspect, qui appelle un sursaut urgent, que l’on peut regretter une certaine tiédeur de la résolution: le texte semble par endroits « hors-sol » en faisant l’impasse sur l’aggravation de la situation critique sur le terrain, et qui sur certains points ou dans certains termes est en deçà d’expressions institutionnelles et diplomatiques émanant de la Haute-Représentante ou de certains États-membres engagés sur la question –expressions pourtant autrement plus « contraintes » qu’une résolution du Parlement européen-.

En outre ce texte comporte des manques et certaines affirmations que l’on pourrait qualifier d’hypocrites: demander par exemple des « droits égaux » entre citoyens israéliens quand en réalité le gouvernement droite/extrême-droite actuel adopte des lois racistes à l’encontre de sa population arabe/non-juive (17,5% de la population) et pousse l’adoption d’une nouvelle loi suprême visant à qualifier Israël de « foyer national du peuple juif », c’est une sacrée litote!!  Cerise sur le gâteau enfin, l’un des paragraphes de la résolution inclut une critique en creux de l’initiative française portée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault l’année dernière, alors que cette initiative avait précisément vu le jour parce que l’UE et le Quartet demeuraient inactifs.

Bref cette résolution, pétrie de bonnes intentions mais également fruit de nombreux compromis,  n’était à mes yeux pas tout à fait au niveau pour exprimer un message fort et cohérent du Parlement européen à l’adresse de nos partenaires. Bien conscient en revanche qu’un vote contre de ma part aurait pu être interprété comme une opposition à la solution à deux États, j’ai préféré pour ma part m’abstenir au moment du vote final.

J’aurai l’occasion dans les semaines et les mois qui viennent de revenir sur ce sujet au travers de mon engagement dans la délégation du PE pour les relations avec la Palestine.

 

 

 

Printemps de la Palestine – Conférence à Vandoeuvre-lès-Nancy

©Photo Pascal Durand

Dans le cadre du Printemps de la Palestine, organisé par l’Association France Palestine à Nancy (54), j’ai participé le 30 mars dernier à une conférence intitulée « Conflit Israélo-palestinien : l’Europe est-elle condamnée à l’impuissance ? », aux côtés de mon collègue le député européen Pascal Durand (EELV- France).

Le conflit Israélo-Palestinien reste un facteur central de l’instabilité du Moyen-Orient qui concerne directement l’Europe. Pourtant l’Union Européenne peut jouer un rôle décisif pour parvenir à une paix juste et durable entre israéliens et palestiniens.

C’est le sens du combat que Pascal Durand et moi-même menons au Parlement européen. L’appui international, en particulier l’appui de l’Union Européenne, est nécessaire et indispensable pour que le processus de paix soit enclenché. La Palestine espère, encore et toujours, depuis plus de 70 ans. Devant la souffrance du peuple palestinien, l’Europe doit agir.

Elle est le premier partenaire commercial d’Israël.  Il lui revient maintenant de jouer un rôle pour un règlement politique du problème palestinien. Le 6 février, la Knesset a approuvé une loi inacceptable qui «légalise» rétroactivement 4 000 logements illégaux de colons construits sur des terrains privés palestiniens. Par cette loi – la dernière en date d’une série de mesures favorables aux colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés –, la Knesset donne le feu vert à l’appropriation illégale de terres. Cette loi, dite «loi de régularisation», ouvre la voie à la reconnaissance, par Israël, de milliers de logements de colons juifs construits illégalement sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens. Elle enfreint le droit international et prive les propriétaires palestiniens du droit d’utiliser ou de détenir les terrains en question. Elle porte atteinte aux droits de propriété palestiniens et au droit des Palestiniens à l’autodétermination. L’implantation de colonies par Israël n’a aucune validité juridique, constitue une violation flagrante du droit international et pose un obstacle majeur à l’objectif de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

L’Union européenne doit exercer des pressions sur le gouvernement israélien pour qu’il mette un terme à cette violation des droits de l’homme des Palestiniens et qu’il cesse immédiatement les implantations. Il faudrait également, par ailleurs, qu’elle gèle l’accord d’association entre l’Union et Israël, compte tenu de la violation permanente de son article 2, qui demande que les droits de l’homme soient respectés.

Les implantations israéliennes en territoire palestinien occupé sont illégales au regard du droit international; elles constituent un obstacle à la paix et menacent de rendre impossible la solution fondée sur la coexistence de deux États. L’Union européenne est fermement opposée à la politique d’implantation d’Israël et aux actions menées dans ce cadre. Cette position est inscrite dans les conclusions successives du Conseil des affaires étrangères et est conforme à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies de 2016.

D’ailleurs, la vice-présidente Federica Mogherini a déjà exprimé ses inquiétudes avant l’adoption de la loi par la Knesset: devant le Parlement européen le 22 novembre 2016 et dans une déclaration du 8 décembre 2016. Immédiatement après l’adoption de la loi, elle a instamment prié le gouvernement israélien de s’abstenir d’appliquer la nouvelle loi (déclaration du 7 février 2017[1]). Lors de réunions avec les autorités israéliennes à tous les niveaux, l’UE a réitéré le message que Mme Mogherini a adressé dans sa déclaration.  Pourtant, non seulement Israël ne tient pas compte des demandes de l’UE mais de plus (provocation?), la Knesset enfonce le clou en approuvant une loi « illégale ».

Donc, face à ces provocations et agressions à répétition, face au refus d’Israël d’entendre les recommandations de la communauté internationale, je soutiens la proposition de suspendre l’accord d’association UE-Israël.

Affaire à suivre donc, …

 

 

[1]     https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/20295/node/20295_fr

 

Rencontre avec Abu Saqr et des militants de la cause palestinienne : inquiétudes sur le processus de paix au Proche-Orient.

© 24 Novembre 2016 : rencontre à Strasbourg, au Parlement Européen, avec le leader bédouin Abu Saqr
© 24 Novembre 2016 : rencontre à Strasbourg, au Parlement Européen, avec le leader bédouin Abu Saqr.

Jeudi 24 novembre, j’ai eu l’honneur de recevoir au Parlement le leader bédouin Abu Saqr ainsi que des militants associatifs de la cause palestinienne et surtout, de la paix au Proche-Orient.

Abu Saqr est né à  Al Hadedya au nord de la vallée du Jourdain en 1950 ; il a une famille de  27 membres. Ils vivent essentiellement de l’élevage de chèvres et de moutons. La région où il vit est sous occupation israélienne depuis 1967. Sa communauté, comme les dix autres qui vivent au nord de cette région, est sous la menace constante d’expulsion et est victime de brimades régulières. La force armée israélienne a démoli six fois ses tentes et abris depuis 2001. Lui et sa famille sont harcelés et pourchassés par les soldats ; pourtant il résiste  et défend les autres communautés de cette région. Il a démarré et coordonne des comités populaires dans la vallée du Jourdain, et depuis 2013 il est à la tête de l’association développant l’élevage des animaux avec les fermiers du nord de la vallée.

Devant nous, Abu Saqr a témoigné du durcissement de la situation sur place et a demandé pourquoi Israel pouvait se permettre de déroger aux résolutions de l’ONU.

Il prévient que la détérioration de la situation, les privations en tous genres instiguées par les autorités israéliennes dans les territoires occupés (eau, électricité, routes, mais aussi et surtout écoles), représentent une bombe à retardement, en particulier s’agissant de la nouvelle génération palestinienne. Il redoute l’embrasement.

Nous avons été rejoints lors de la réunion par Martina Anderson (GUE/Irlande), Présidente de la Délégation Palestine au Parlement européen. Nous avons regretté de concert que malheureusement avec l’actualité internationale dramatique que nous connaissons, la question du processus de paix entre Israël et Palestine soit tombée très bas sur la liste des « priorités du moment »  et de l’intérêt médiatique.

Pourtant il y a beaucoup à dire : sur la destruction par l’armée israélienne d’infrastructures financées par l’UE (les faits sont documentés par l’UE et par l’ONU), ou encore sur la validation récente par le gouvernement de M. Netanyahu (à l’initiative de sa frange la plus extrême) de colonies illégales en Cisjordanie, accentuant encore un peu le redécoupage ubuesque des territoires et l’oppression vécue par les Palestiniens. À ce propos, Mme Anderson a précisé que de nombreux colons étaient ressortissants de certains États européens sur lesquels il serait bon de faire pression.

Évidemment il fut aussi question de l’accord d’association, que l’UE devrait en toute logique suspendre tant qu’Israël ne respectera pas ses obligations internationales et les droits de l’Homme les plus élémentaires.

Enfin sur le BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), on nous oppose souvent l’argument que ce mouvement aurait des relents antisémites (en quelque sorte une réminiscence du boycott encouragé par les Nazis dans les années 30). Nous rejetons évidemment toute inspiration de ce type puisque le BDS prend pour référence explicite la campagne internationale contre l’apartheid en Afrique du Sud, qui avait contribué à faire plier le gouvernement raciste de l’époque. Par ailleurs il faut répéter que le clivage n’est pas religieux, on le voit bien par l’existence même d’associations trans-confessionnelles qui militent pour la paix.

Je remercie encore les associations ayant permis la venue d’Abu Saqr en France et ce crochet par notre Parlement !

 

Conflit Israëlo-Palestinien, la paix ne sera pas possible sans l’appui international.

En visite dans les territoires occupés, les 17 – 18 et 19 mars 2015 j’ai rencontré plusieurs acteurs qui ont témoigné de leur quotidien dans une ambiance plus que tendue.

Elle l’était d’autant plus qu’au lendemain des résultats électoraux, les israéliens avaient placé Benjamin Netanyahu premier des suffrages exprimés. Pour les palestiniens les dés sont jetés, Israël ne veut pas d’un Etat Palestinien. Cette inquiétude se fonde sur les déclarations du Premier Ministre qui, la veille du scrutin, déclarait : « Si je suis élu, il n’y aura pas d’Etat Palestinien. » Aux yeux des palestiniens, Benjamin Netanyahu enterrait publiquement et à la face du monde le processus de paix.

Ce qui faisait dire aux différents interlocuteurs que les palestiniens ne peuvent plus attendre le réveil de conscience du peuple israélien. L’appui international, et surtout celui de l’Europe, est indispensable. Ce peuple espère encore, il veut croire en une solution diplomatique mais le temps presse. Cela fait 70 ans qu’il attend des résultats, il n’attendra pas 70 ans de plus.

Les palestiniens veulent prendre leur destin en main, maintenant. Ne plus attendre. Ils n’en peuvent plus d’attendre qu’Israël cesse de piller leur ressources naturelles et financières (blocus des finances palestiniennes). De voir les colonies illégales se propager de jour en jour et gaspiller toujours un peu plus les territoires palestiniens. Ils n’en peuvent plus des check-point tenus par des soldats qui ne respectent rien ni personne et où la violence fait partie de leurs attributs. D’assister, impuissants, à la mort de patients dans les hôpitaux israéliens faute de moyens pour payer des soins.

Ils ne supportent plus les incursions des policiers israéliens en Cisjordanie (Ramallah) alors qu’ils n’ont aucun droit. Ils sont meurtris par les destructions à répétition de Gaza avec ses militaires de victimes dont beaucoup d’enfants. Ils pleurent de désespoir et de colère de voir Jérusalem Est vidé de ses habitants par la force et les expulsions agressives et non fondées. Le tout sur un discours très agressif de Benjamin Netanyahu qui parle de « stériliser les routes palestiniennes ».

L’Europe doit agir !

L’union européenne doit sortir des discours incantatoires et poser des actes. D’autant que l’ensemble des partenaires palestiniens rencontrés (des ONG aux autorités palestiniennes en passant par l’OLP) souhaite que l’U.E. joue un rôle important dans les négociations de paix.

Martin Schulz, François Hollande et Angela Merkel ont joué un rôle important en Ukraine, pourquoi ne pourraient-ils pas faire de même pour la Palestine ?

Le Parlement Européen pourrait, à travers une résolution, forcer la main à la Commission et au Conseil pour lancer une enquête sur le respect de l’Accord d’Association avec Israël, par exemple. C’est un moyen qui peut s’avérer efficace pour obliger Benjamin Netanyahu à rouvrir des négociations de paix lorsque l’on sait que l’U.E. est le premier partenaire commercial d’Israël. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique de la faire, un certain courage même, une soif de paix.

De l’avis de tous ces palestiniens rencontrés, Israël essaie de transformer ce conflit en conflit religieux alors qu’il n’en est rien. Si tel était le cas, Benjamin Netanyahu devra en assumer toute la responsabilité. L’Europe aussi ? A suivre…