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Le Parlement européen soutient le juste échange via un ajustement aux frontières des émissions de CO2 dans le secteur de la sidérurgie

CP DSF Le Parlement européen soutient le juste échange via un ajustement aux frontières des émissions de CO2 dans le secteur de la sidérurgie 17 12 2014

 

Le Parlement européen s’est positionné aujourd’hui par 466 voix pour, 133 voix contre et 100 abstentions en faveur d’une stratégie ambitieuse pour l’avenir de la sidérurgie en Europe.

 

En effet, sous la pression conjuguée d’une concurrence extra-européenne croissante et souvent déloyale, d’un sous-investissement néfaste dans l’outil de production, et de facteurs d’accès aux matières premières et à l’énergie qui dans certains pays représentent un handicap sérieux, ce secteur souffre particulièrement en période de crise. Et ce sont avant tout les ouvriers et salariés qui ont trinqué : 60 000 suppressions d’emplois directs depuis 2007, et au moins autant d’emplois indirects.

C’est la raison pour laquelle le Parlement, sur la base d’un texte émanant des groupes S&D, PPE et Verts dont Edouard Martin a été l’une des chevilles ouvrières, s’est particulièrement penché sur les aspects sociaux. Le dialogue social et la qualification des travailleurs ne sont pas un frein à notre compétitivité, ils sont la condition d’un rebond de ce secteur.

 

Mais il s’agit également de rester les premiers en matière d’objectifs climatiques et environnementaux (émissions de CO2, efficacité énergétique, économie circulaire). « Nous n’avons qu’une seule planète », répète Edouard Martin. C’est aussi la raison pour laquelle il a plaidé avec succès pour que la Commission étudie la faisabilité d’un ajustement carbone aux frontières (426+, 246-, 27 abs). En effet, il n’est pas concevable que les règles contraignantes que nous fixons pour ces industries aient pour principal effet de déporter la production dans des régions du monde où elles sont plus légères voire inexistantes.

 

Il a déclaré à l’issue du vote : « Quand la production d’une tonne d’acier produite en Europe émet 2 tonnes de CO2, ces émissions montent à 3 tonnes de CO2 en Chine. Notre objectif est de mettre tous les acteurs sur le même pied en termes d’émission de CO2, de rétablir une concurrence équitable. C’est le sens de l’ajustement aux frontières. De plus le produit de la vente, par les entreprises européennes, des quotas gratuits qui leur ont été alloués devrait être réinvesti intégralement dans l’amélioration de l’outil et en particulier la réduction des émissions de carbone. Soumettre les produits métallurgiques importés à nos normes environnementales pousserait par ailleurs les producteurs extérieurs à améliorer leurs installations, initiant alors un cercle vertueux global dans le cadre de la lutte contre le changement climatique ».

Ces objectifs ambitieux, nous les atteindrons aussi par l’investissement, la R&D et l’innovation, des points sur lesquels la résolution revient en détail.

 

Cet amendement validé par les parlementaires européens sur l’ajustement aux frontières est accueilli avec joie par Edouard Martin qui continuera sur cette voie dans le cadre de son rapport d’initiative sur le développement durable de l’industrie des métaux de base en Europe.

 

Débat sur la situation de l’industrie sidérurgique en Europe (Strasbourg, 26/11/2014)

Monsieur le Président,

Madame la Commissaire Bienkowska,

Mes chers collègues,

Si nous voulons être justes et efficaces dans les mesures que nous prendrons en faveur d’un secteur sidérurgique européen performant, il faut que nous soyons au clair entre nous sur le diagnostic:

– Les sidérurgistes européens ont fermé plus de 42 ou 43 millions de tonnes de capacité depuis 2008, ce qui représente à raison de 10 salariés par million de tonne, 40 000 destructions d’emplois directs, et plus de 100 000 en comptant les emplois indirects et les sous-traitants impactés.

– Or nous ne sommes pas en situation de surcapacité: sur nos 170 millions de tonnes de capacité actuellement, nous ne sommes en excédent commercial que de 5 millions. En d’autres termes, si l’activité économique redémarre -il me semble que c’est un objectif que nous partageons-, alors nous deviendrons importateurs nets.

Il faut donc réagir, et vite. Car ce secteur qui est pourtant si structurant dans une majorité de pays européens, est plus que jamais en crise structurelle qui se manifeste par un sous-investissement chronique en matériels comme en formation des salariés.

C’est l’objet du rapport que j’aurai l’honneur de porter sur le « développement durable de l’industrie européenne des métaux de base » (acier, mais aussi cuivre, aluminium ou zinc).

Les producteurs européens doivent être sur un pied d’égalité avec leurs concurrents extra-européens, qui sont souvent soumis à des normes moins ambitieuses en matière sociale et environnementale. Mais pas question d’encourager un nivellement par le bas qui passerait par le détricotage de nos droits sociaux ou le reniement de nos objectifs sanitaires et climatiques. Faut-il le rappeler, nous n’avons qu’une santé et qu’une planète!

Nous devons au contraire initier un cercle vertueux. Et à ce stade, je ne vois que l’ajustement aux frontières comme moyen de remettre nos producteurs dans le jeu tout en incitant les autres à hausser leurs standards. Ce sera l’un des axes que je tâcherai de crédibiliser, en plus d’autres que je n’ai malheureusement pas le temps de développer ici.

Je me réjouis en tout cas que ce sujet recueille l’intérêt de mes collègues et de la Commission, et vous dis à très bientôt, car il y a urgence!