Intervention en plénière : un Marché équitable pour l’industrie

Intervention en Plénière le 25 octobre 2018 à Strasbourg

« Monsieur le Président, merci Madame la Commissaire de venir débattre ici d’un sujet qui nous tient tous à cœur. Vous avez parlé de marchés, d’investissements, de produits, de compétitivité, etc., ce sont évidemment des thèmes importants.

Je voudrais axer mon intervention sur les travailleurs et les citoyens, parce qu’une entreprise, une industrie, ce n’est pas uniquement un endroit où l’on produit un bien de consommation, c’est beaucoup plus que ça.

Une industrie, c’est aussi ce qui crée du lien, c’est ce qui crée des richesses, pas uniquement pour les actionnaires, mais pour un territoire, un bassin d’emploi et c’est grâce à cela que nous avons notamment des crèches, des écoles, des hôpitaux, des routes, etc. Or, le jour où ces industries disparaissent, c’est toute la société qui disparaît et la facture est présentée à la société.

Je vais vous parler de deux cas: Alcoa en Espagne et Vallourec en France. Voilà deux multinationales qui ont bénéficié de subsides à coups de dizaines de milliards d’euros d’aides publiques pour aller s’implanter dans des zones du monde où les contraintes sont moindres. La question est de savoir ce que vous allez faire, Madame la Commissaire, lorsque ces productions qui seront faites ailleurs vont revenir sur le marché européen. Quelles sont les contraintes qu’on impose à ces industries-là? Pourquoi est-ce que je dis cela?

Parce qu’effectivement, si le point de vue de l’Union européenne – et je sais que ce n’est pas le vôtre, mais il faut aller plus loin que ça – est que le multilatéralisme crée des richesses, il faut se demander pour qui? Le multilatéralisme c’est surtout le laisser-faire: le laisser-faire fiscal, le laisser-faire financier, le laisser-faire économique, c’est surtout la loi du prix. C’est le prix le plus bas qui emporte le marché. Or, nous savons très bien que le prix le plus bas, c’est forcément des conditions moins-disantes: moins-disantes sur le plan social, économique et environnemental. C’est quand même absurde – pour ne pas dire autre chose – que ce soit Trump qui dénonce cela. Alors, il le fait d’une manière détestable, évidemment, mais en réalité – et si ce n’était pas aussi grave, on en rirait – ce sont justement les inventeurs de l’ultralibéralisme qui pointent aujourd’hui les défauts du système et des règles de l’OMC. On ne peut pas continuer à jouer alors que nous n’avons pas tous les mêmes règles.

Lorsque la Commission européenne s’apprêtait à reconnaître le statut d’économie de marché à la Chine, nous mettions, vous mettiez en danger l’industrie et tout le monde l’a dit! On pouvait perdre quatre millions d’emplois industriels en quelques mois. Et pourtant ça a été une proposition de la Commission européenne! Quels étaient les enjeux? Quelles étaient les pressions politiques? Où est le citoyen? Où est le travailleur?

Donc, j’ai simplement ce message à nous faire passer collectivement, et je sais que vous êtes sensible à cela: si vous voulez que les citoyens européens se rapprochent un peu plus de l’Union européenne, il faut qu’on change les règles du marché et de l’OMC.

Je vous invite à rebondir sur la proposition du premier ministre canadien, M. Trudeau, qui dit «chiche, allons-y, remettons les règles de l’OMC à plat parce que sinon c’est la loi du plus fort» et vous savez très bien que les Chinois, à coups de centaines de milliards de dollars de subventions, vont tous nous tuer économiquement; si le mot d’ordre c’est d’être moins cher que moins cher, on ne fera jamais le poids, nous autres Européens.

C’est notre modèle social, c’est notre modèle sociétal qui est en jeu, c’est plus que de la compétitivité, de l’innovation ou de gagner des marchés, c’est le modèle social européen, le modèle de liberté, de démocratie qui est en jeu derrière ces industries. Et je vous en parle, parce que je viens d’une région qui a été fortement industrialisée et qui est aujourd’hui fortement désindustrialisée. On fait le nid de tous les populistes, on fait le nid de tous les nationalistes, parce que quand une usine disparaît, vous vous retournez, il n’y a plus rien, c’est le désert. Et nous autres Européens, nous n’avons pas de réponse à apporter. Donc, je voudrais qu’on fasse du maintien de l’emploi et des industries, une raison objective du marché juste, parce que le marché ne sera juste que s’il est social et s’il est durable en respectant la planète et l’environnement. »