Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense

 

2 Juillet 2018 – PE Strasbourg

Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (débat)

 

Madame la Présidente, je m’associe aux remerciements adressés à Mme Grossetête, qui s’est efforcée de trouver un compromis aussi large que possible. Le constat a été évoqué: il n’y a pas assez de coopération dans le secteur industriel de la défense européenne. Parallèlement, on constate malheureusement que de nombreux États membres s’équipent auprès de fournisseurs non européens, comme l’illustre l’exemple des avions de chasse belges qui sont américains. L’objectif est donc de favoriser les initiatives conjointes, dans un premier temps, au stade de la recherche et du développement, de manière à gagner en compétitivité et à mieux faire correspondre les futurs projets d’équipement aux besoins européens, dans l’espoir que les États membres soient in fine encouragés à s’équiper «made in Europe». Même si je ne suis pas un militariste forcené, ce que tout le monde le sait, je partage cette approche. En effet, rejeter ce programme, c’est maintenir le statu quo, et le statu quo n’aura pas pour effet de contraindre le complexe militaro-industriel, mais au contraire lui laissera simplement la latitude dont il dispose actuellement, de même qu’il laissera le champ libre à certains États membres pour continuer à acheter non européen. Je souhaite rappeler quelques éléments factuels mentionnés par Mme Grossetête: concernant les critères d’éligibilité – trois entreprises de trois États membres minimum, l’inclusion spécifique des entreprises de taille intermédiaire pour couvrir l’ensemble de la géographie européenne, des dérogations pour les entités extra-européennes ayant des sites sur le territoire de l’Union, via un compartimentage –, le point d’équilibre a été trouvé. D’ailleurs, il est repris quasiment tel quel dans la proposition du Fonds européen de défense. Cependant, il eut été appréciable d’avoir un temps d’évaluation de ce mécanisme pour pouvoir attester de son étanchéité. À noter, dans la proposition de fonds européen de défense, le nouvel article 7 relatif à l’éthique vient certes combler un manque, mais il nécessitera un fort renforcement. En conclusion, nous aurons à voter la déclaration commune sur le financement de ce programme, je regrette que la position du Parlement, qui demandait de l’argent frais pour cette priorité nouvelle, n’ait pas été entendue. Toutefois, je mets en garde le Conseil et la Commission dans la perspective du futur fonds européen. Pour la prochaine période de programmation, les programmes ponctionnés auront besoin de ressources considérables, donc il ne sera plus possible de procéder en faisant de la cavalerie budgétaire. Si l’Europe veut être présente sur tous les fronts, elle devra se doter d’un cadre financier pluriannuel beaucoup plus ambitieux. Je voterai donc évidemment pour le rapport de Mme Grossetête.

Vers une stratégie extérieure de l’Union de lutte contre les mariages précoces et forcés

2 Juillet 2018 – PE Strasbourg

Vers une stratégie extérieure de l’Union de lutte contre les mariages précoces et forcés (débat)

Madame la Présidente, le mariage des enfants est évidemment une violation des droits de l’homme. La question est de savoir comment l’Europe peut aider à y remédier. Il faudrait peut-être que nous nous interrogions sur nos propres politiques extérieures. Je constate avec beaucoup d’amertume que dans nos différents accords, il n’y a jamais, ou très rarement, de chapitres mettant en avant l’égalité entre les femmes et les hommes, les droits des enfants, etc. Je peux pourtant vous assurer qu’ici même, lors de notre dernière session dans le cadre de l’accord de partenariat avec le Chili, nous avons enfin pour la première fois, inscrit un chapitre sur l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est grâce à la généralisation de ce type de conditionnalité que l’Europe pourra aider à y mettre un terme. Le problème ne sera pas éradiqué du jour au lendemain, mais c’est ainsi qu’il faut agir. C’est la voie à suivre.

Edouard Martin présente sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité

Un colloque organisé, le 27 juin par Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, réunissait des politiques, des professionnel.le.s de la publicité et de la communication de grands groupes, des membres d’associations… Un temps fort pour décrypter, repérer les stéréotypes sexistes qui envahissent l’espace public, analyser la façon dont on peut changer les mentalités et partager les bonnes pratiques de la France et de l’Europe. A l’occasion de ce colloque, Edouard Martin député européen, ancien syndicaliste d’ArcelorMittal, a présenté sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité et partagé son engagement féministe.  

Je ne viens pas d’un milieu dans lequel j’ai été éduqué à être féministe. Il y a trois événements dans ma vie qui m’ont fait prendre conscience que justement je n’étais pas féministe, et peut être même un peu trop macho. Je pense qu’à partir du moment où l’on prend conscience que l’on n’est pas féministe, c’est peut-être la voie de la guérison.

Le premier événement important, c’est mon engagement syndical, dans le monde de l’entreprise. C’est là où j’ai vu des discriminations sexistes au quotidien. J’ai vu que les femmes souffraient, beaucoup plus que les hommes, dans le travail par le simple fait qu’elles soient femmes.

Le deuxième événement de ma vie, c’est la naissance de ma fille il y a six ans. Je me suis dit en tant que papa : «Ma fille va grandir dans un monde de mecs, hyper machos. Elle va devoir tout au long de sa vie, dès la maternelle, être obligée de jouer des coudes pour faire sa place, montrer qu’elle fait aussi bien qu’un mec, et elle va être discriminée de par son genre». Cela m’était insupportable.

Troisième événement majeur de ma vie, c’est d’avoir eu la chance de rencontrer Jeanne, mon assistante, qui est féministe de la première heure et qui m’a éduqué ou du moins a contribué à mon éducation. Par exemple, elle a mis en place une règle. Dans mon bureau nous sommes quatre, trois garçons et Jeanne, et les garçons ont l’habitude de raconter des histoires un peu potaches, en n’ayant pas forcément conscience de ce que cela provoque chez l’autre. Jeanne un jour a dit «à partir d’aujourd’hui, je vais mettre en place une tirelire, et à chaque blague sexiste, vous mettrez un € dans la cagnotte». On doit être à dix-neuf €, et personnellement j’ai du en mettre dix-huit. Cela peut paraître banal, mais cela nous a obligé à repenser notre manière de nous comporter.

La publicité est peut-être quelque chose qui est peu regardée par les adultes, en revanche, sur les enfants et les ados, je peux vous assurer que ça marche. Je me souviens par exemple d’une publicité pour une marque de voiture avec une voiture et une femme magnifique, et de la réaction de mon gamin : «eh Papa, t’as vu la bombasse ?» Il n’a pas regardé la voiture, mais il se rappelait avoir vu une superbe femme. Pour les jeunes, la publicité est plus qu’un support, elle les formate, elle les éduque presque.

Tout cela m’a appelé à agir en tant que député européen. Même si le contexte ne s’y prêtait pas et que je n’avais pas vraiment la possibilité de faire voter une loi au niveau européen, l’idée nous est venue avec Jeanne et d’autres collègues, de rédiger une Charte contre la publicité sexiste. Nous voulions la proposer aux villes européennes, qu’elles puissent la signer pour s’engager à lutter contre les publicités sexistes. Je suis la pour témoigner que nous sommes en train de la médiatiser, de la faire connaitre, des grandes aux petites villes européennes.

Nous espérons que des élu.e.s de villes européennes se disent «nous nous engageons à respecter les droits de l’homme, les droits des femmes, nous voulons lutter contre les publicités sexistes et nous allons nous doter d’un cahier des charges». Il ne suffit pas de signer la Charte, après il faut la faire vivre. J’aspire à ce qu’un réseau se mette en place puisqu’une fois que les mairies et les communes se sont engagées à signer cette charte, il faut faire vivre cet engagement. Il y a 10 règles d’or et nous espérons que les ONG, la société civile, vont se porter garantes de leur application.

La publicité est partout, sur les téléphones, à la radio, la télé, dans l’espace public. A chaque fois que je passe devant une publicité, j’en fais l’analyse: «carton rouge, carton vert, la c’est un peu sexiste, là ça va». Cela m’aide à cultiver une façon de penser, à prendre le recul nécessaire et la bonne approche, et à être en capacité d’expliquer à mes enfants que la publicité n’est pas quelque chose d’innocent et de banal …

Je viens des quartiers, et dans les quartiers, il n’y a pas forcément accès à la culture, au savoir, à la politisation, comme certain.e.s l’ont eu. Moi qui ait été 35 ans en usine, je peux vous assurer que des blagues potaches, il y en a dix à la seconde, et même s’il y a des femmes, les hommes ne se gènent pas. Etant aussi de l’autre coté comme responsable syndical, j’ai vu ce que cela peut provoquer comme dégât dans la tête du personnel féminin.

Le rôle d’un syndicat est aussi de lutter contre toutes les formes de discrimination, et le sexisme est forcément une discrimination.

 

 Edouard Martin, député européen

 

Lire l’article en ligne : http://www.50-50magazine.fr/2018/07/05/edouard-martin-presente-sa-charte-europeenne-pour-lutter-contre-les-stereotypes-sexistes-dans-la-publicite/