Prostitution : donnons-nous les moyens de quitter le trottoir définitivement

 

« Une profession comme une autre », « le plus vieux métier du monde », « une nécessité » … Bien des euphémismes sont employés pour qualifier la prostitution et minimiser la réalité beaucoup plus douloureuse et crue à laquelle se trouvent confrontées des milliers de personnes prostituées en France, en Europe et dans le monde entier. Ces termes portent en réalité une violence extrême et ne devraient pas être banalisés : ils sous-entendent que des femmes et des hommes naissent pour être exploité.e.s, violenté.e.s, abusé.e.s. Or, si Simone de Beauvoir affirmait que l’on ne naît pas femme mais qu’on le devient, nous estimons de la même manière que l’on ne naît pas prostitué.e mais qu’on le devient, à coups de précarité, de contraintes, de violences psychologiques, physiques ou économiques.

En prenant exemple sur la Suède via l’adoption de la loi du 13 avril 2016, la France a osé mettre au défi ce prétexte de la prédétermination encore promu dans une majorité d’États européens. Deux ans plus tard, hélas, alors que la loi aurait pu prouver ses bienfaits humains et socio-économiques à l’instar du cas suédois, elle ne peut se vanter que de résultats modestes. Une mise en œuvre incomplète des mesures pourtant prévues par la loi a fait perdre de son efficacité le projet initial alors même que sa bonne application aurait pu contribuer à relancer le débat à échelle européenne, en faveur de l’abolitionnisme, ce que j’appelle de mes vœux. D’ailleurs, la réouverture du débat relatif aux méfaits du réglementarisme en Allemagne prouve bien que ce système prôné par des pays tels que l’Autriche, la Grèce ou les Pays-Bas, ne protège pas suffisamment les personnes prostituées.

Nous saluons bien évidemment l’application du volet de répression sur les clients de la loi française qui permet de s’attaquer directement à la source du problème qui est la demande. Cependant, d’importantes lacunes sont à déplorer concernant le volet dédié à l’accompagnement des personnes prostituées désireuses d’entamer le parcours de sortie : budget insuffisant, manque de places dans les foyers d’accueil, délivrances de titres de séjour très limitées, manque de formation des forces de l’ordre… Cela renforce la précarité des personnes prostituées et les contraint à revenir sur le trottoir alors même que nous leur avions donné l’espoir de ne plus jamais avoir à marchander leur corps pour survivre. Il est urgent d’agir : d’après le secrétariat d’État chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, il y a entre 30 000 et 40 000 personnes prostituées en France, dont 85 % de femmes pour la plupart d’origine étrangère et bien souvent victimes de réseaux proxénètes. Ce sont autant de personnes qui sont 6 fois plus sujettes au viol et 7 fois plus au risque de suicide que le reste de la population (Prostcost, 2015). Des souffrances humaines qui se traduisent également par des milliards d’euros de dépenses en frais médicaux et frais de justice. Cessons ce gâchis et appliquons la loi du 13 avril 2016 dans son intégralité pour garantir à ces personnes, sécurité et dignité !