Des hommes « solidaires de #metoo »

Dans une tribune au « Monde », un collectif dénonce les  comportements violents à l’encontre des femmes, y compris le recours à la prostitution.

Des millions de femmes courageuses et solidaires ont lancé, porté et relayé dans des dizaines de pays le mouvement #metoo. Ce raz-de-marée mondial, dont l’ampleur et l’écho sont sans précédent dans l’histoire, constitue une chance unique de refonder les relations entre les femmes et les hommes.

Inévitablement – comme souvent lorsqu’il est question de l’émancipation des femmes –, il suscite en retour un contre-mouvement qui met son point d’honneur à le caricaturer, le réduire ou le dénigrer : à entendre certains, #metoo mettrait en danger la liberté sexuelle et serait l’expression d’une haine des hommes.

En tant qu’hommes, nous jugeons donc le moment venu d’exprimer notre solidarité avec ce mouvement de libération de la parole des femmes, de révolte contre les violences sexuelles et sexistes, et de dénonciation des privilèges et abus masculins.

Délivrer les relations femmes/hommes des carcans

Peut-on regarder la réalité telle qu’elle est ? Notre société reste, dans tous les domaines de la vie privée et publique – politique, médiatique, culturelle, sportive, économique –, profondément
inégalitaire.

L’écart salarial entre les femmes et les hommes est encore de 20 %. Les premières consacrent deux fois plus de temps que les seconds aux tâches domestiques et aux enfants. A elles les temps partiels imposés, le plafond de verre et le plancher collant, les images médiatiques dévalorisantes…

Consciemment ou inconsciemment, les hommes entretiennent ces inégalités, et tous, il faut le dire, en ont au moins bénéficié.

Pour autant, toute la gent masculine n’est pas composée de harceleurs, d’agresseurs ou de violeurs. C’est pourquoi, a minima, il nous semble urgent que le plus grand nombre possible d’hommes se désolidarisent des auteurs de violences sexuelles et sexistes et s’engagent publiquement en soutien au mouvement #metoo.

Si nous prenons la parole, c’est pour exprimer notre souhait que ce
mouvement continue de s’amplifier et qu’il transforme plus profondément encore la société. Car il est peut-être l’impulsion décisive dont nous avons tant besoin pour délivrer les relations femmes-hommes des carcans et des rôles codifiés.

Un défi d’envergure pour les hommes

Pour cela, il faut d’abord s’opposer à une réaction récurrente : celle qui consiste à attaquer les efforts légitimes de lutte contre les violences sexuelles et sexistes au prétexte qu’ils mettraient en danger la « liberté sexuelle ». Au moment même où se libère la parole, les mouvements féministes de lutte contre les violences sexuelles et de soutien à leurs victimes sont à nouveau, et comme
toujours, accusés d’être « puritains » ou « anti-sexe ».

On observe d’ailleurs, sans surprise mais avec inquiétude, que celles et ceux qui s’opposent aujourd’hui au mouvement de lutte contre le harcèlement sexuel au nom de la « drague » et de la « liberté d’importuner » sont précisément celles et ceux qui défendaient le droit des hommes à imposer un acte sexuel par l’argent au nom du «libertinage ».

Faut-il vraiment de longs discours pour convaincre que c’est au contraire en la mettant à l’abri des violences et contraintes physiques, psychologiques mais aussi économiques, que la sexualité sera véritablement libérée ?

Contrairement à ce que certains ont voulu affirmer, le mouvement #metoo n’est en aucun cas l’expression d’un « puritanisme » ni d’une « haine des hommes ». C’est bien plutôt une occasion unique pour ces derniers de s’affirmer, non pas comme des prédateurs sexuels, harceleurs, agresseurs, prostitueurs, violeurs aux « besoins sexuels irrépressibles », mais au contraire comme des compagnons, des maris, des amants soucieux d’un désir et d’un plaisir partagés, des collègues, des pères, des amis, des frères, des hommes du quotidien portant simplement une même attitude de respect à leurs proches, à toutes les femmes et à toutes les filles.

Pour les hommes, avancer vers une égalité réelle dans la vie privée et publique est un défi d’envergure que nous voulons relever en solidarité avec #metoo.

 

Les premiers signataires de la tribune :

 Christophe André, psychiatre, auteur

Julien Bayou, conseiller régional écologiste Ile-de-France et militant associatif

Gérard Biard, journaliste et cofondateur du réseau Zéromacho

Ofer Bronstein, président du Forum international pour la paix

Pierre Cabaré, député La République en marche de Haute-Garonne, vice-président de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

Fred David, champion du monde 2012 de bodysurf

Edouard Durand, juge des enfants au TGI de Bobigny, et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH)

Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg

Maxime Forest, enseignant-chercheur à Sciences Po, membre du HCEFH

Christophe Gascard, rédacteur en chef de Presse & Co

PierreYves Ginet, cofondateur de l’association et du magazine Femmes ici et ailleurs, membre du HCEFH

Guillaume GouffierCha, député La République en marche du Val-de-Marne, membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes ;

Jacques Hamon, délégué régional et ancien président du Mouvement du Nid

Patric Jean, auteur réalisateur

Mustapha Laabid, député La République en marche d’Ille-et-Vilaine, membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

Gilles Lazimi, médecin généraliste, membre du HCEFH

Xavier Legrand, acteur, réalisateur et scénariste

Philippe Liotard, sociologue, chargé de mission Egalité-Diversité à l’université Claude-Bernard-Lyon-I

Gérard Lopez, psychiatre, président fondateur de l’Institut de victimologie

Benjamin Lucas, président du Mouvement des jeunes socialistes

Edouard Martin, député européen PS, ancien syndicaliste

Thomas Mesnier, député La République en marche de Charente

Mickaël Nogal, député La République en marche de Haute-Garonne, membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes ; Jérémie Peltier, responsable du secteur des études à la Fondation Jean-Jaurès

Yves Raibaud, géographe à l’université de Bordeaux-Montaigne et membre du HCEFH

Fred Robert, directeur immobilier et cofondateur du réseau Zéromacho

Gwendal Rouillard, député La République en marche du Morbihan

Maxime Ruszniewski, producteur et militant associatif

Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, directeur exécutif de CAP international (Coalition pour l’abolition de la prostitution) et membre du HCEFH

Stéphane Viry, député Les Républicains des Vosges, membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

 

 

TRIBUNE PUBLIÉE DANS LE MONDE LE 30 JANVIER 2018