Être résolus face au harcèlement sexuel.

Un regard oppressant, une phrase indécente, un geste indigne… si la cible avait été votre fille ou votre sœur ou votre compagne ou votre mère? Oui ? Non ?

Si votre réponse est non, c’est que pour vous ce comportement est anormal et qu’il ne peut être résolu que par les femmes seules. Affirmer que les femmes ne peuvent être seules à traiter la violence morale et physique est une chose, agir en est une autre. Je dis les femmes, mais je sais que certains hommes sont aussi harcelés, et ce n’est pas plus juste pour eux que pour elles.

Le pouvoir (électif ou hiérarchique) ne donne pas tous les pouvoirs et, au Parlement européen, là où nous écrivons le droit européen en défendant l’application concrète du principe d’égalité femme-homme, il faut que nous soyons exemplaires. Sinon quelle est notre légitimité?

Nous ne sommes pas tous coupables, loin de là, mais ne rien faire nous rendrait tous collectivement responsables. L’immunité qu’elle soit réelle ou ressentie ne peut valoir impunité.

Les femmes qu’elles travaillent dans le secteur public ou dans le secteur privé, nous regardent et attendent de nous des mesures fermes qui impulseraient à d’autres niveaux des cercles vertueux.
Tous les hommes qui pensent que tout ceci n’est pas si grave et que c’est une affaire de « bonnes femmes » doivent mesurer la gravité.
Nous devons montrer à ces hommes qu’il n’y a plus de place pour se cacher sous le tapis ou dans des placards.

Il était temps de se mobiliser, et de le faire clairement. La mobilisation formelle, avec des panneaux #MeToo ou #HeForShe est symbolique, mais le Parlement européen a eu l’opportunité de sortir de l’affichage en votant un texte clair.

 

Jeudi 27 octobre, nous avons convaincu et voté une résolution « harcèlement sexuel » au Parlement européen. Elle oblige le Parlement à faire preuve de réalisme tant du point de vue des constats mais aussi de l’accompagnement des victimes.

D’abord pour commencer: un audit extérieur pour un réel état des lieux. Il nous est impossible de quantifier justement le nombre de harceleurs réguliers et la gravité de leurs actes. Est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? C’est toujours trop, mais sur quelle échelle ?

Ensuite pour accompagner : on ne peut laisser des personnes non formées à accueillir la parole des personnes blessés dans leur intégrité, dans leur intimité. Il y aura donc des professionnels de la santé, du social et du droit pour accueillir et accompagner les victimes de harcèlement sexuel. Lorsque l’on sait que beaucoup de femmes qui dénoncent perdent leurs emplois il est essentiel de commencer à les protéger avant de leur demander de prendre la parole.

Le Parlement Européen se dotera aussi de la possibilité d’accéder à des conseillers confidentiels. Le secret est parfois nécessaire, lorsqu’on ne cherche qu’un guide, avant de faire un pas vers la médiation ou la plainte.

La prochaine étape est de ne plus laisser les assistants parlementaires sans statut réel : cela les fragilise trop face aux différentes hiérarchies auxquelles ils ont à faire. N’ayant qu’un préavis de licenciement de 24h en cas d’utilisation de la « close de confiance » par leur employeur, ils ont la certitude de pouvoir être évincés à la minute où ils se plaindront voire à la minute où ils auraient dû répondre à cet acte, avant même d’oser se plaindre : on ne gifle pas forcément celui qui a votre contrat de travail entre les mains comme on giflerait quelqu’un dans le bus.