État de l’Union Européenne : libéralisme en avant toute !

Le discours sur l’état de l’UE de Jean-Claude Juncker a été marqué par quelques annonces qui vont à contre sens des espérances des citoyens européens ;  accélération et amplification des accords commerciaux et de libre échange ; élargissement de l’Europe aux Balkans, refus d’une gouvernance plus démocratique de la zone euro. Alors que nous étions en droit d’attendre un discours offensif sur l’absence d’harmonisation fiscale, sociale et environnementale ou sur le manque de démocratie, il nous a servi le discours le plus libéral depuis qu’il est en fonction.

(c) La Croix

Le très controversé accord CETA n’est toujours pas ratifié par les Etats membres qu’il rêve déjà de nouveaux accords. Peut-être faisait-il allusion à l’accord avec la Chine qui est en cours de négociation et qui ne laisse augurer rien de bon pour nos emplois et nos industries ? Ou alors souhaite-il relancer le dialogue avec Trump pour remettre sur les rails le « fameux et dangereux » accord TAFTA ? Est-il simplement sous la pression des chinois, des lobbyistes et autres états favorables à un libéralisme sans foi ni loi sinon celle du plus fort ? Le plus fort étant, évidemment, celui qui se sera débarrassé de toutes règles contraignantes sur les aspects sociaux et fiscaux. A croire que les derniers résultats électoraux aux Pays-Bas et en France  laissent à penser à Juncker que l’Europe est débarrassée de la montée des extrêmes qui veulent la fin de l’Europe. A croire qu’il a oublié les 25 millions de chômeurs. A croire qu’il ne s’intéresse pas ou plus au dumping social dont souffrent les travailleurs européens.

Il pense certainement, sous l’influence de certains, que l’élargissement de l’Europe aidera les citoyens à retrouver une confiance perdue. Que l’ouverture à de nouveaux pays permettra de lever les doutes et d’améliorer le marché intérieur avec des créations d’emplois à la clé.

Bien sûr qu’ouvrir nos portes à de nouveaux membres est une bonne idée en soi, surtout à des pays qui connaissent l’instabilité politique et économique. Mais attention de ne pas se tromper de calendrier. Il y a un temps pour tout et le moment n’est pas encore venu d’élargir l’espace économique européen. Il est urgent de consolider, d’intégrer et d’harmoniser nos politiques économiques, sociales, environnementales et fiscales avec l’ensemble des 27 (la Grande Bretagne ayant décidé de quitter l’UE). Personne ne construira l’Europe réelle ou l’élargira, pas même Juncker, à marche forcée et encore moins sans l’obtention d’une stabilité indispensable pour les citoyens. Juncker ne s’adressait pas aux citoyens dans son discours, Juncker n’était pas dans le réel des européens, il ne le vit pas. Et c’est là tout le problème du manque de démocratie.

C’est le reproche principal que l’on peut faire au Président de la Commission, il annonce, il oriente et décide sans tenir compte de l’avis du Parlement. De plus, il insiste et signe puisqu’il refuse catégoriquement l’instauration d’un Parlement (élu démocratiquement par les citoyens) de la zone euro. Les Ministres des finances continueront (dans des salles obscures ?) à décider, seuls, des orientations budgétaires de l’Europe. Sans même de débats, sans même devoir rendre compte des effets néfastes de leur politique.

Enfin, sur un autre sujet majeur qu’est la politique industrielle pas un mot ou à peine. La Commission s’est contentée d’éditer un document de 18 pages où elle fait un état des lieux de l’existant. Une liste à la Prévert qui ne fait aucune prospective et ne donne aucune orientation concertée afin de construire une politique européenne dans un domaine ô combien important. L’annonce « importante » aux yeux de Juncker a été de maintenir l’objectif d’un PIB industriel à hauteur de 20% d’ici 2020 ! Et bien ce n’est pas la fuite en avant prônée dans son discours qui va aider à atteindre cet objectif.

Il reste beaucoup à faire pour que cette Europe soit plus à l’écoute de toutes et tous. Si les institutions ne changent pas pour prendre mieux en compte les aspirations des citoyens ce sera à eux de les changer. Les élections européennes avancent à grand pas (mai 2019), Juncker et Macron à l’unisson ont déjà annoncé leur début de campagne. Ce sera janvier 2018, ils veulent prendre tous leurs opposants de vitesse. Mais rien ne sert de courir encore faudra-t-il avoir les bons arguments pour convaincre. Rien n’est joué, tout reste à faire.