Rapport sur l’efficacité énergétique: attention danger!

 

Le paquet “énergie propre pour tous les Européens” pose comme axe premier le principe d’ « efficacité énergétique avant tout ». À cet égard, la révision de la directive sur l’efficacité énergétique a vocation à être un élément clé de l’ensemble du dispositif et plus largement, une pierre angulaire de l’Union de l’énergie.

De ce point de vue, je ne peux que regretter l’orientation prise par le rapporteur du Parlement européen (Adam Gierek, S&D/PL).

Si je partage le fait d’encourager des améliorations d’efficacité sur l’ensemble de la chaîne (génération-transmission-transport-consommation), les amendements proposés reviennent en pratique à ne considérer que l’amont et surtout, loin d’ouvrir la voie à un cumul des gains d’efficacité, ils donneraient la possibilité aux États de remplir leurs obligations en actionnant le seul levier du rendement des générateurs d’électricité et ferme la porte à toute politique visant au changement de comportement des consommateurs. .

Cette architecture va à rebours de nos ambitions pour vaincre la précarité énergétique : le rapporteur prétend y répondre en « soignant » les énergéticiens qui par ricochet baisseraient leurs prix, faisant baisser les factures au bout du compte. Mais alors que d’une part cet enchaînement supposé n’a rien d’automatique, cette architecture passe complètement à côté de l’objectif même de cette directive. En substance, on risque de se retrouver avec des « précaires » continuant à vivre dans des passoires énergétiques, tout en payant le même prix. Deux perdants : les consommateurs et le climat !! Et un seul gagnant : l’énergéticien…

De même, le rapporteur semble maintenir un lien fort entre consommation d’énergie, émissions de GES et croissance ; or, tout l’enjeu des politiques de transition énergétique est de décorréler ces deux facteurs, et l’efficacité énergétique est l’instrument privilégié de ce découplage. Un contresens de plus…

Le niveau d’ambition fixé à 35% n’est pas non plus conforme à ce que la famille socialiste et démocrate défend bec et ongle depuis plusieurs années, à savoir 40%.  Certes des débats existent en fonction que l’on prend 2005 (proposition de la Commission) ou 2007 (certaines modélisations) comme année de référence, mais globalement le signal envoyé est négatif.

Enfin, il est question dans le rapport de ne pas accabler les producteurs déjà soumis à ETS; cela reviendrait en réalité à totalement dispenser les énergéticiens pollueurs de payer leurs droits à émettre, au motif de leurs investissements dans l’efficience énergétique alors qu’ils bénéficient déjà de soutiens financiers pour ce faire dans le cadre d’ETS.

Pour toutes ces raisons, il est impératif de changer résolument de cap pour aborder les prochaines étapes de la codécision dans les meilleures conditions.