Le projet ITER : « here comes the sun » ?

 

Vendredi 10 février j’ai visité le chantier du projet ITER à Cadarache, en compagnie de ma collègue Sylvie Guillaume (Vice-présidente du Parlement européen et élue de la circonscription). Nous y avons été accueillis par Bernard Bigot, Directeur général du projet, qui a eu la gentillesse de nous consacrer un peu de son temps (précieux !).

ITER, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un projet collaboratif mondial qui rassemble les efforts combinés de l’Union européenne, des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de l’Inde, du Japon et de la Corée du sud pour créer le premier démonstrateur de fusion nucléaire -l’énergie qui alimente les étoiles dont la nôtre, le soleil !-.

Ce réacteur, dit « tokamak » (acronyme russe signifiant « chambre toroïdale avec bobines magnétiques »), est constitué d’une chambre à vide à l’intérieur de laquelle sous l’influence d’une température et d’une pression extrêmes (150 millions de degrés !!), le gaz d’hydrogène se mue en plasma — le milieu dans lequel les atomes d’hydrogène peuvent fusionner et générer de l’énergie.

Cette énergie est alors absorbée sous forme de chaleur par les parois de la chambre à vide. Tout comme les centrales électrogènes classiques, une centrale de fusion utilise cette chaleur pour produire de la vapeur, puis, grâce à des turbines et à des alternateurs, de l’électricité. ITER n’étant qu’un démonstrateur, la tâche se concentrera sur la fusion à cette échelle-là, le but étant d’atteindre un ratio de 10 : pour 50 MW de puissance en entrée, retirer 500 MW de puissance de fusion !

Mais quid des risques ? L’avantage de la fusion sur la fission nucléaire (nos centrales actuelles) est de trois ordres :

–           pas de déchets radioactifs de haute activité à vie longue ; se pose tout de même la question de la gestion du volume de déchets à vie courte (moins de 100 ans)…

–           pas de risque de prolifération : la fusion n’utilisant pas de matière fissile (uranium, plutonium), aucun danger de voir certains de ses éléments détournés pour produire des armes.

–           aucun risque de fusion du cœur : ne pas confondre fusion et fusion ! En cas de perturbation, le plasma refroidit et la réaction de fusion (nucléaire) cesse. Contrairement à ce qui peut se passer avec la fission où les accidents graves peuvent mener à la fusion du cœur (c’est-à-dire que les crayons de combustible fondent littéralement à l’intérieur du réacteur, créant une sorte de magma appelé corium).

Concrètement nous avons pu observer l’avancée du chantier, qui s’est ouvert au cours de l’été 2010 sur une plateforme de 42 hectares préalablement défrichée et nivelée. Depuis un an et demi les premiers grands composants sont arrivés sur le site de Cadarache. En effet, la plupart des pays partenaires contribuent « en nature » c’est-à-dire par la production et l’expédition des pièces (10 millions de pièces, 1 million de composants). De manière progressive, à partir de 2018, scientifiques et ingénieurs procéderont à l’intégration et à l’assemblage de ces différents éléments. Un exercice « hors-norme » car certaines pièces sont gigantesques mais nécessitent d’être assemblées au millimètre.

Le premier plasma devrait être obtenu en 2025, mais il faudra encore être patient car ce n’est qu’en  2035 que l’expérience de fusion pleine puissance aura lieu.

Ce planning à rallonge et les dérapages budgétaires ont été pointés (y-compris d’ailleurs dans nos débats parlementaires) : lancé il y a dix ans pour un budget de 5 milliards, nous en sommes aujourd’hui à 14-15 milliards, et 4 milliards de surcouts ont été actés l’année dernière. L’Europe a un poids déterminant dans le projet : elle assure 45 % des financements, sur lesquels 80 % des fonds viennent du budget de l’Union européenne. Les autres 20% sont intégralement abondés par la France, qui avait bataillé pour accueillir le projet.

Mais nous avons eu la conviction que désormais M. Bigot, en charge du projet depuis peu, saura redresser la barre en maîtrisant le calendrier et les cordons de la bourse !