L’ETERNEL RETOUR EN ARRIERE ? Nouvelle année, nouvelle commission parlementaire

« La femme a toujours été, sinon l’esclave de l’homme, du moins sa vassale ; les deux sexes ne se sont jamais partagé le monde à égalité ; et aujourd’hui encore, bien que sa condition soit en train d’évoluer, la femme est lourdement handicapée. En presque aucun pays, son statut légal n’est identique à celui de l’homme et souvent, il la désavantage considérablement » .

Simone De Beauvoir, Le deuxième sexe.

 

Tout d’abord, quelques précisions, ce texte ne se veut pas un manifeste pro-féministe (autant se prémunir, puisque le mot féminisme hérisse les poils de certains), il est le résultat de quelques réflexions et constats.

Le 17 janvier 1975 était promulguée la loi Veil dépénalisant l’avortement en France. Depuis 42 ans, l’interruption volontaire de grossesse est progressivement devenue un droit à part entière et son accès a peu à peu été amélioré. Les progrès se sont accélérés ces dernières années et je m’en félicite!

220 000 IVG sont pratiqués chaque année en France : c’est un événement assez courant de la vie sexuelle et reproductive des femmes, puisque plus d’1 femme sur 3 y a recours dans sa vie.

Après les grandes manifestations féminines des années 70, nous aurions pu penser que le statut des femmes ; devenues décideuses de leurs propres corps ; allait changer et pourtant il n’en est rien, la route de l’émancipation féminine réelle et concrète est plus tortueuse que prévue.

 

Connaissez-vous Sonia GIRZA ?

Cette Indienne de 21 ans, la meilleure joueuse que son pays ait jamais connue, a disputé l’Open d’Australie. Pourtant, les religieux se fichent complètement de son coup droit et la condamnent violemment pour ses tenues vestimentaires et ses déclarations sur l’amour.

Or, l’Inde c’est loin… Loin aussi le Pakistan où, sous la menace d’une fatwa, Nilafar BAKHTIAN a dû démissionner.

Motif ? Une accolade à un instructeur français, après un saut en parachute.

Maintenant, rapprochons-nous géographiquement, en Europe, où la menace est stupéfiante.

La Pologne catholique, par exemple, cherche régulièrement à durcir la législation sur l’avortement (législation déjà très restrictive) et une des dernières lubies du gouvernement est d’offrir 1000 euros à toutes femmes enceintes pour les dissuader d’avorter! Des subventions contre des bébés!

Les Maltaises, elles n’y ont déjà pas droit. Pis encore, l’avortement est passible d’une peine de prison allant de 18 mois à 3 ans!

En Espagne ou en Italie, la question de l’avortement reste délicate : manifestation pro life, harcèlement moral des femmes souhaitant avorter,  clause de conscience usée et répétée qui engendre un dépassement du délai légal d’avortement…

Le corps de la femme se transforme à nouveau en objet, sur laquelle s’exerce le fanatisme religieux ou l’ultra conservatisme, en un objet sur lequel exercer le pouvoir.

Aux USA, berceau de la modernité et exportateur de l’« American Way Of Life » a été élu un président qui souhaite restreindre l’accès à l’avortement. Parions qu’il souhaite également dans le secret des vestiaires de sport (rappelons-nous de l’élégant « Grab her by the pussy » littéralement « prendre par la chatte ») restreindre les droits des femmes tout courts!

Nous pourrions formuler une hypothèse : le progrès et le libéralisme à gogo obscurciraient donc les mœurs et les pensées, voilà le paradoxe : d’un côté de nouvelles innovations toujours plus modernes et de l’autre un éternel retour en arrière, dans les comportements et pensées.

Aujourd’hui, et cela est déplorable ; aucun traité Européen ne garantit le droit à l’avortement et cette question divise toujours en 2017 (!!) les États membres de l’Union européenne et les parlementaires européens.

Le religieux et le conservatisme sont bien de retour.

 

Raison de plus, pour nous féliciter, nous les femmes et les hommes de ce pays, de la protection unique au monde que nous apporte la laïcité.

L’Union européenne est fondée sur des valeurs communes.

Face aux nationalistes et à la droite dure qui portent un projet passéiste et réactionnaire, je souhaite l’ambition d’une Europe inclusive, protectrice et respectueuse des

droits fondamentaux. Cela passe en priorité par l’élémentaire respect des droits des femmes.

Les droits des femmes ne se négocient pas et ne sont pas qu’une histoire de « bonnes femmes ».

C’est donc avec un enthousiasme fort que je rejoins la Commission parlementaire Droits de la femme et égalité des genres.