Rencontre avec Abu Saqr et des militants de la cause palestinienne : inquiétudes sur le processus de paix au Proche-Orient.

© 24 Novembre 2016 : rencontre à Strasbourg, au Parlement Européen, avec le leader bédouin Abu Saqr
© 24 Novembre 2016 : rencontre à Strasbourg, au Parlement Européen, avec le leader bédouin Abu Saqr.

Jeudi 24 novembre, j’ai eu l’honneur de recevoir au Parlement le leader bédouin Abu Saqr ainsi que des militants associatifs de la cause palestinienne et surtout, de la paix au Proche-Orient.

Abu Saqr est né à  Al Hadedya au nord de la vallée du Jourdain en 1950 ; il a une famille de  27 membres. Ils vivent essentiellement de l’élevage de chèvres et de moutons. La région où il vit est sous occupation israélienne depuis 1967. Sa communauté, comme les dix autres qui vivent au nord de cette région, est sous la menace constante d’expulsion et est victime de brimades régulières. La force armée israélienne a démoli six fois ses tentes et abris depuis 2001. Lui et sa famille sont harcelés et pourchassés par les soldats ; pourtant il résiste  et défend les autres communautés de cette région. Il a démarré et coordonne des comités populaires dans la vallée du Jourdain, et depuis 2013 il est à la tête de l’association développant l’élevage des animaux avec les fermiers du nord de la vallée.

Devant nous, Abu Saqr a témoigné du durcissement de la situation sur place et a demandé pourquoi Israel pouvait se permettre de déroger aux résolutions de l’ONU.

Il prévient que la détérioration de la situation, les privations en tous genres instiguées par les autorités israéliennes dans les territoires occupés (eau, électricité, routes, mais aussi et surtout écoles), représentent une bombe à retardement, en particulier s’agissant de la nouvelle génération palestinienne. Il redoute l’embrasement.

Nous avons été rejoints lors de la réunion par Martina Anderson (GUE/Irlande), Présidente de la Délégation Palestine au Parlement européen. Nous avons regretté de concert que malheureusement avec l’actualité internationale dramatique que nous connaissons, la question du processus de paix entre Israël et Palestine soit tombée très bas sur la liste des « priorités du moment »  et de l’intérêt médiatique.

Pourtant il y a beaucoup à dire : sur la destruction par l’armée israélienne d’infrastructures financées par l’UE (les faits sont documentés par l’UE et par l’ONU), ou encore sur la validation récente par le gouvernement de M. Netanyahu (à l’initiative de sa frange la plus extrême) de colonies illégales en Cisjordanie, accentuant encore un peu le redécoupage ubuesque des territoires et l’oppression vécue par les Palestiniens. À ce propos, Mme Anderson a précisé que de nombreux colons étaient ressortissants de certains États européens sur lesquels il serait bon de faire pression.

Évidemment il fut aussi question de l’accord d’association, que l’UE devrait en toute logique suspendre tant qu’Israël ne respectera pas ses obligations internationales et les droits de l’Homme les plus élémentaires.

Enfin sur le BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), on nous oppose souvent l’argument que ce mouvement aurait des relents antisémites (en quelque sorte une réminiscence du boycott encouragé par les Nazis dans les années 30). Nous rejetons évidemment toute inspiration de ce type puisque le BDS prend pour référence explicite la campagne internationale contre l’apartheid en Afrique du Sud, qui avait contribué à faire plier le gouvernement raciste de l’époque. Par ailleurs il faut répéter que le clivage n’est pas religieux, on le voit bien par l’existence même d’associations trans-confessionnelles qui militent pour la paix.

Je remercie encore les associations ayant permis la venue d’Abu Saqr en France et ce crochet par notre Parlement !