Quand c’est non c’est non! Dites oui à la ratification de la convention d’Istanbul!

33% des européennes ont souffert de violences physiques ou symboliques.

27% des européens considèrent le viol comme étant acceptable dans certaines conditions.

Ce sondage a été commandé par la commission européenne et les résultats ont été rendu publics le 25 novembre dernier pour la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Ces chiffres font peur.

Alors que nous devrions faire preuve de retenue, d’humilité et de résistance, certains les rejettent assurant qu’ils sont faux ou biaisés. Hélas, nous pourrions continuer cette liste avec d’autres exemples.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que les chiffres raisonnent mais ne percutent plus. Comme si, saoulés de statistiques, nous étions à présent devenus indifférents. « Ce ne sont que des chiffres pas la réalité», « vous êtes des faiseurs d’opinion », « les sondages cela appartient au passé, regarde l’élection de Trump ou le Brexit, aucun sondage ne l’imaginait ».

Même si on ne compte plus les chiffres, ni les études d’opinion, ni les statistiques, nous pouvons compter sur les témoignages de femmes, toujours plus nombreuses et courageuses à dire tout haut ce qu’elles vivent tout bas, en secret, sur les violences qu’elles subissent au quotidien.

Analysons sous quelles conditions, le viol serait légitime ou du moins à légitimer.

Donc si une fille porte une jupe courte ou un décolleté ou tous vêtements qui attisent l’appétit sexuel de l’homme, cela serait un appel du pied au viol ? Donc si une fille flirte un peu, pour le jeu plaisant de la séduction mais qu’elle souhaite rentrer chez elle seule, il faut la violer car le message était clair, en flirtant, elle acceptait de coucher ? Donc si une fille un peu pompette lors d’une soirée ne sait plus dire NON mais résiste avec toutes ses forces aux diverses avances d’hommes moins gais, il faut la violer car elle a consenti à une relation sexuelle ?

Imaginez donc une fille un peu saoule, qui flirte et qui porte une mini-jupe !

C’est la triple peine.

Se ré-ouvre donc le débat sur la jupe parfois trop courte, parfois trop longue, sur l’usage d’alcool lors de fêtes, sur la nécessité pour une femme de rentrer toujours accompagnée, sur l’obligation sociale à être attirante sans être tape à l’œil pour ne pas être considérer comme une fille facile, d’être joyeuse sans être ivre car cela deviendrait dangereux…

La route est encore bien longue pour bannir les violences liées au genre.

C’est pour cela qu’à la veille de la journée internationale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, le Parlement européen rappelait la nécessité de ratifier la Convention d’Istanbul (Convention du Conseil de l’Europe de 2011 qui a l’objectif de prévenir et de combattre les violences sexuelles à l’égard des femmes).

À ce jour, seuls 14 États membres l’ont ratifiée.

L’idée même que chaque femme ne bénéficie pas de la même protection dans tous les États européens m’est inacceptable.

La résolution demande aux États membres européens d’adopter une législation nationale appropriée pour lutter et prévenir les violences sexuelles. Il est également demandé à ce que les violences sexuelles soient considérées dans tous les États membres comme des crimes sérieux et non comme dans des délits ce qui amoindrirait la peine.

Il y a des choses que des chiffres ne pourront jamais illustrer.

Jamais des statistiques ne pourront témoigner de l’inquiétude latente des femmes lorsqu’elles rentrent seules de nuit, de ce sentiment de culpabilité qui les habite parfois lorsqu’elles doivent dire NON à un homme, de cette nécessité de savoir jongler entre être joyeuse sans être allumeuse pour ne pas être affublée de frigides féministes , d’avoir l’élégance de maman et le sexy de la maitresse, d’être disponible mais mystérieuse, de devoir gérer les regards lourds de sens dans la rue, au travail, entre amis, de devoir supporter les mains baladeuses dans la rue, entre amis, au travail, de ne plus entendre les sifflements, de la peur de répondre de crainte que cela dégénère, de devoir commencer à faire de la self défense, d’avoir TOUJOURS son téléphone et ses clefs accessibles lorsque l’on rentre…

À vous donc les femmes, éternelles jongleuses et équilibristes, je tire mon chapeau.