INTERVENTION SUR L’INDUSTRIE EUROPÉENNE DES MÉTAUX DE BASE – CONCLUSION

Edouard Martin, rapporteur. Intervention en Plénière le 25 Novembre 2015 à Strasbourg.

 

Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, je vous remercie pour ce débat très riche.

Je vais essayer de parler doucement, mais il faudrait m’accorder quelques secondes de plus, s’il-vous-plaît.

J’ai entendu des choses un peu invraisemblables. Je tiens simplement à rappeler que, depuis 2008 − et ce n’est pas M. Tajani qui va me contredire − l’Europe a lourdement payé la crise de l’acier. Nous avons fermé l’équivalent de 40 millions de tonnes de production. Quarante millions de tonnes! Je répète: « voulons-nous encore garder les 170 millions de tonnes? »

Mais, en l’occurrence, dans ce rapport on ne parle pas uniquement de l’acier même si nous sommes face à une crise de l’acier, cela a été rappelé; on parle de l’aluminium, du cuivre, du zinc, etc. Ce sont tous les métaux qui sont indispensables pour notre économie. J’ai aussi été étonné d’entendre quelques collègues, notamment M. Fox – c’est dommage, il est déjà parti –, déclarer que l’ajustement carbone aux frontières n’était pas une bonne réponse. D’autres ont dit qu’il s’agissait quasiment d’une mesure protectionniste et que, donc, ils n’en voulaient pas.

Je vais être très clair: si nous n’acceptons pas l’ajustement carbone aux frontières, effectivement, nous allons prendre des mesures protectionnistes, mais nous allons protéger les autres. Nous allons protéger l’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil, etc. Parce que qu’est-ce que l’ajustement carbone aux frontières? Il ne s’agit pas d’une taxe, c’est l’idée du pollueur-payeur. Vous imaginez, à quelques semaines de la COP21, nous autres Européens allons envoyer le message suivant: la pollution ne sera payée que par les productions européennes? Les pollueurs externes à l’Union européenne seront exonérés de payer aussi pour leur pollution. C’est cela le message qu’on envoie. Voulons-nous l’assumer collectivement? Moi pas!

Je vais conclure en disant simplement que, maintenant, la balle est dans le camp de mes collègues, de nous autres. Nous voterons très prochainement. Par conséquent, chacun devra assumer ses responsabilités et le choix de son vote.

Je m’adresse à vous, Madame la Commissaire, soyez courageuse, ne vous laissez pas convaincre par des gens et des structures qui défendent des intérêts particuliers. Faites comme nous, défendez l’intérêt général car l’intérêt général, c’est la défense d’une industrie au service des 500 millions d’Européens.

Intervention sur l’industrie européenne des métaux de base

Edouard Martin, rapporteur. Intervention en Plénière à Strasbourg, le 25 Novembre 2015.

 

Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, effectivement, nous abordons ce rapport dans un contexte extrêmement compliqué puisque, vous le savez tous certainement, l’Europe est victime d’une importation massive d’acier provenant notamment de Russie et surtout de Chine à des prix défiant toute concurrence. C’est d’ailleurs une des questions que je poserai à Mme la Commissaire, tout à l’heure.

 

Pour resituer ce débat dans le contexte actuel, je rappelle que, en onze mois, le prix de la brame a été divisé par deux. Vous imaginez donc bien que, aujourd’hui, certains pays arrivent à produire de l’acier en dessous des prix de revient. Le rapport traite du développement durable de la production des métaux de base, et je souhaitais lui donner ce titre pour couper court à tous les fantasmes des uns et des autres, et de ceux qui nous disaient qu’il fallait choisir entre industrie et respect de l’environnement. Je me fais fort, à travers ce rapport, de démontrer que les deux sont possibles: maintenir l’industrie forte sur le territoire européen, la production de métaux de base, tout en respectant l’environnement, évidemment. Mais pour cela, il faut des moyens, il faut investir. Or l’Europe souffre depuis la crise de 2008 d’un manque d’investissements, ce qui, effectivement, a un impact sur la compétitivité mais aussi sur l’environnement. Voilà ce que je souhaiterais que l’Europe, que le Parlement européen à l’aube de la COP21, puisse défendre à travers des décisions urgentes à prendre, bien que l’Europe soit ce continent qui continue à défendre à la fois l’environnement et l’industrie.

 

Je rappelle simplement, pour vous donner une idée, que pour produire une tonne d’acier en Europe, on émet deux tonnes de CO2. La même tonne d’acier en moyenne produite en Chine émet trois tonnes de CO2. Par conséquent, il ne s’agit pas ici de mettre en place des mesures de protectionnisme, mais simplement des mesures d’équité. Aujourd’hui, la situation est donc très grave. Elle est d’autant plus grave qu’elle peut sonner le glas de notre industrie. Je dis bien qu’elle peut sonner le glas de notre industrie. Aujourd’hui, si nous regardons les chiffres concernant la Chine, nous constatons qu’elle possède 350 millions de tonnes de surcapacité de production d’acier. La consommation européenne équivaut à 170 millions de tonnes. Par conséquent, vous imaginez bien qu’avec la baisse de l’économie chinoise, ce pays va essayer, effectivement, à travers une politique beaucoup plus offensive, à travers du dumping et des aides publiques, d’écouler cette surcapacité de production d’acier. Les conséquences, on les connaît: c’est la fermeture de Redcar en Grande-Bretagne, c’est plusieurs milliers de suppressions d’emplois chez Tata Steel, c’est plusieurs mesures de chômage partiel annoncées un peu partout en France, en Espagne, en Italie, etc.

 

La vraie question de fond qui nous est posée collectivement aux uns et aux autres et que je vous pose, Madame Bieńkowska, – et je vous remercie d’être présente ce soir – est la suivante: « voulons-nous encore d’une industrie au niveau européen? » Parce que je vous le dis, il s’agit d’une question de vie ou de mort et il faut aller très vite. Cela peut aller très vite. Il ne faut plus attendre ni six mois ni trois mois, il faut prendre des mesures dès le 1er janvier 2016 si on veut encore garder cette industrie.

 

Pour résumer quelques points forts de mon rapport, je préconise effectivement d’utiliser les instruments de défense commerciale de manière un peu plus offensive contre les mesures anti-dumping, les mesures anti-subventions. Cette mesure d’équité, c’est l’ajustement carbone aux frontières, parce qu’il n’est pas question de faire payer le droit à polluer uniquement aux industriels européens et de fermer les yeux sur toutes les importations qui nous viennent d’ailleurs. Quand je dis ailleurs, il s’agit de la Chine, de la Russie et du Brésil. Ce n’est pas uniquement une visée contre les aciers chinois. C’est la possibilité – parce que là aussi les industriels nous disent qu’ils ont besoin d’avoir de la visibilité, notamment en termes de contrats énergétiques – qui pourra leur être donnée de signer des contrats à long terme. Puis, c’est effectivement la compensation des coûts indirects du CO2.

 

Je rappelle que ce rapport n’est pas uniquement celui d’Édouard Martin, même s’il porte mon nom. Nous avons visité dix pays européens. À chaque fois, nous avons rencontré des chefs d’entreprise, des élus locaux, des organisations syndicales et des ONG et, à quelques exceptions près, tout le monde est d’accord pour dire qu’il est temps que l’Europe défende aujourd’hui de manière plus ferme son industrie à travers ces mesures, qui sont partagées par l’ensemble du collectif. Pas plus tard que la semaine dernière, IndustriAll, la fédération européenne des syndicats de la métallurgie et de la sidérurgie, a effectivement validé le soutien à ce rapport.

Attentats de Paris

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Quinze jours après les attentats de Paris, le débat est venu en plénière à Strasbourg. La totalité des groupes politiques européens est intervenue pour témoigner leur solidarité et leur émotion face à la barbarie. Belle séquence de recueillement et de solidarité. C’est après que les choses se sont corsées, vraiment. Pas beau.

Chacun venant avec sa propre analyse, normal, et ses solutions plus ou moins crédibles et souvent radicales.

D’autres, la droite européennes et notamment quelques députés français, ont osé franchir le Rubicon en essayant de pointer les responsabilités, voire culpabilités, de la gauche française et de l’actuel gouvernement? Le premier coup de couteau dans l’unité nationale était donné alors même que de nombreuses victimes ne sont pas encore enterrées.

Tout y est passé pour expliquer combien la gauche française a failli à ses devoirs de protection des citoyens. Il est vrai que nous sommes en période électorale et beaucoup espèrent « capitaliser » sur le drame. Comment peut-on être aussi schizophrène ? Comment peut-on oublier les milliers de postes de fonctionnaires supprimés notamment dans la police ? Comment peut-on nier les politiques d’austérité imposées par cette même droite européenne qui aujourd’hui essaie de se défausser de ses propres errements ? Evidemment, avec toujours en ligne de mire la fonction publique. Comment peuvent-ils occulter les nombreuses suppressions de postes d’éducateurs de rue ? La nature a horreur du vide et dans beaucoup de quartiers ce vide a été parfois comblé soit par des trafiquants en tout genre ou par des imams radicaux autoproclamés. Cela n’explique évidemment pas les attentats, bien sûr que non. Cela met un focus sur l’importance de ces fonctions, de la fonction publique présente pour servir le citoyen et pour le protéger.

Donc, oui il faut condamner et combattre de toutes nos forces le radicalisme religieux. Mais je veux aussi condamner le radicalisme libéral de cette droite donneuse de leçons au pire moment. Certains fanatiques ont comme référence des textes sacrés, le Coran, la Bible ou la Tora, souvent mal interprétés.

Il existe aussi des fanatiques libéraux qui font du pacte de stabilité un texte sacré. Nous voyons, là aussi, les dégâts causés. Alors oui, le pacte de sécurité doit l’emporter sur le pacte de stabilité car nous sommes en guerre. Mais le pacte social doit aussi l’emporter sur le pacte de stabilité car nous sommes dans une guerre économique.

 

En circonscription : l’Industrie innovante, une chance pour nos territoires

Depuis la rentrée, j’ai effectué de nombreux déplacements dans ma circonscription. L’occasion pour moi de me faire rapporteur de mon activité au sein de la délégation socialiste française au parlement européen. Membre de la commission Industrie et fort de mon expérience en tant qu’ancien sidérurgiste, j’ai participé à quelques réunions publiques sur le thème de l’emploi et de l’industrie : à Valentigney & à Belfort (Franche-Comté), à Mulhouse (Haut-Rhin), à Imphy (Nièvre), à Charleville-Mézières (Ardennes), ou encore à Troyes (Aube). Que ce soit lors de réunions inter-militants ou bien de réunions publiques, j’ai souhaité mettre en lumière mon implication dans certains dossiers européens, notamment présenter mon rapport sur l’industrie des métaux de base en Europe et permettre à mes concitoyens de mieux comprendre mon rôle en tant que parlementaire européen. Car le rôle d’un député européen est trop souvent méconnu.

L’industrie reste au cœur de mes préoccupations. J’ai récemment visité plusieurs sites industriels du Grand Est lors de mes déplacements. J’ai pleinement conscience que l’avenir de l’Industrie passe par l’innovation. Les entrepreneurs de la filière textile d’Alsace (que j’ai rencontré le 16 octobre 2015 à Cernay dans le Haut-Rhin) ou encore l’entreprise KME qui est en phase de reprise (située à Givet dans les Ardennes et que j’ai visité le 23 octobre 2015) sont de beaux exemples d’entreprises innovantes et qu’il faut épauler.

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Lors de chacune de mes visites je me fais le témoin d’une Europe proche des acteurs locaux de mon territoire, et ma priorité est d’être à leur écoute, les aider autant que possible et les orienter au mieux vers les fonds européens. Le Grand Est compte de nombreuses industries qui font la richesse de notre territoire, elles en sont le fleuron et représente de surcroit une vraie chance pour le développement économique de nos régions et l’avenir en terme d’emploi.